Kai : la signature d’une belle table japonaise
Publié par Gilles Brochard sur CultureMag.fr le 2/06/2008 • Thème : Nourritures terrestresÀ deux pas de Saint-germain l’Auxerrois et de la nostalgie des rois de France, rien de tel qu’une cuisine impériale japonaise pour attiser les appétits. Une table qui ne désemplit guère…
Quelques libellules volent avec légèreté sur la carte du déjeuner, deux lapins se tiennent par la main, joli dessin à l’encre noire accroché au mur du restaurant. Parmi ce bestiaire, le maître des lieux, Yoshikazu Kitada prend la commande de table en table, derrière un visage légèrement barbu, une veste de créateur frappée d’un grand cœur rouge surmonté d’une croix. Vient-il de Tokyo ou de Kyoto ? Une chose est sûre, en trois ans, cet homme délicat, restaurateur par vocation, a su imposer une vraie cuisine nippone avec deux cuisiniers aux fourneaux qui donnent tout l’éventail du cru et du cuit à un public devenu fidèle depuis qu’il a ouvert rue du Louvre en 2005. Une certaine douceur se dégage de cet établissement (dont le nom a été inspiré par une série télévisée à succès au Japon), conçu dans une harmonie des matières et des lumières. On y parlerait presque à voix basse …
Une grande table d’hôte en chêne clair décorés par de longs arums, de simples bancs en bois ou des chaises plus confortables, une vaisselle élégante, faite de porcelaine, de boîtes en bambou, de barquettes en verre, de théières en terre : on se croirait dans un essai de Tanizaki. Une collection de bambous sombres a même été installée au plafond qui jouent avec les spots…. Ne manquent que la musique savoureuse du shamizen ou la déclamation de quelques poèmes tanka alors que l’on boit le thé, pour accomplir une forme de sérénité digne de l’enseignement ancestral de Sen no Rikyu, le grand maître du chanoyu.
Cette sérénité se traduit dans l’accomplissement d’une cuisine traditionnelle qui semble éternellement actuelle. Le mot trop européen de « modernité » ne conviendrait guère à cette alliance parfaite du contenu et du contenant. Prenez à déjeuner ce qui reste le plus « populaire » des menus, le Shôkadô Bentô : une boite magique en bois clair avec six compartiments bien égaux entre eux. Il montre l’étendue d’une cuisine raffinée qui aborde la volaille, le poisson, les crustacés et les légumes sans aucune lourdeur, sans graisse, mais seulement augmentée de quelques sauces servies à part. Un régal des yeux et du goût. Porc pané sauce miso, sashimi, lamelles de poulet, cœur de laitue, magrets biens cuits, aubergines grillées (dengaku), thon mi-cuit et sauce aux pignons, assortiment de tempura, etc.
Autre régal, les nouilles fines d’Inaniwa servies dans un grand bol en grès blanc. Moins surprenante, les deux boules de glace signés Hermé, fruits de la passion et Ispahan. On aurait préféré une glace au thé vert Matcha ! Amateurs de grillades au charbon, de risotto au homard, de sushi, de sakamushi (bouillon aux fruits de mer) et autre buta no kakuni (poitrine de porc mijoté), cette adresse est la vôtre. N’oubliez pas de réserver.
18, rue du Louvre 75001 PARIS
Téléphone : 01 40 15 01 99
M° Louvre – Rivoli
Horaires : de midi à 14h (sauf le dimanche) et de 19h à 22h30.
Fermé le lundi.
Gilles Brochard est journaliste de radio et de presse écrite. Après avoir écrit dans Le Figaro, Recevoir, GaultMilau, Cuisines et terroir, Point de Vue ou Le Quotidien du tourisme, il collabore aujourd’hui à Voyage de luxe, Cig’Art (magazine d’art de vivre suisse), Valeurs actuelles et luxe-magazine.com.
Il a publié également plusieurs ouvrages sur la gastronomie et le thé, notamment : Petit Traité du Thé (La Table Ronde), L’Aventure de l’Orange (Denoël), Plaisirs de Thé (Chêne), Les Tables du pouvoir (L’Archer), La Boite à Thé et La Boite à Chocolat (Tana), Le Guide du thé à Paris (éditions de l’If), et publie en septembre Le Thé dans l’encrier (Arléa). Il a collaboré également au Grand livre de Proust et au Grand livre de Dumas (Sortilèges).
Il est membre de deux jurys : le prix littéraire Charles Oulmont de la Fondation de France (roman et essai), et le Trophée Jacquart qui récompense de jeunes chefs de moins de trente cinq ans. Il enseigne la « presse culturelle » à l’École Supérieure de Journalisme de Paris.






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