Fès, une ville en majesté

Publié par Gilles Brochard sur CultureMag.fr le 20/10/2008 • Thème : A la Une, Dossiers

Fès, une ville en majestéPendant toute l’année 2008, on fête les douze siècles de la création de la ville de Fès, ville impériale, spirituelle et culturelle.

Celle que l’on appelle souvent « l’Athènes de l’Afrique » est sans aucun doute la plus impériale des villes impériales du Maroc. On ne peut la comparer ni à sa voisine Meknès, ni à sa cousine Rabat. Fès est une ville magique qui entretient sa singularité avec fierté.

« La ville est une sorte de phare au Maroc : elle a un caractère exemplaire pour qui veut décrire le Maroc citadin, mais elle a aussi un côté excessif », a pu écrire Natacha Potier, cette enseignante française au Maroc qui fut l’auteur de l’essai Dix-sept regards sur le Maroc (éditions Eddif). Un phare culturel surtout, quand on sait que la première université du monde fut créée à Fès !

Capitale spirituelle et culturelle

Au premier regard jeté sur Fès, on comprend sa grandeur et sa majesté. Au-delà des huit portes imposantes qui ceinturent la vieille ville, il faut connaître un peu son histoire. Fès fut la première capitale du royaume en 808 sous le règne d’Idriss II, statut qu’elle obtiendra aussi au XIIIe siècle avec les Mérénides, et encore une fois au XIXe siècle sous le règne, cette fois, de Moulay abdallah. Avec les 185 mosquées de la médina, on comprend qu’elle soit également une capitale spirituelle. Deux fois par jour, on entend monter la clameur du muezzin. Imaginez-vous en train de boire un thé à la menthe sur une des terrasses du palais Jamaï, l’ancienne résidence du grand vizir du sultan Moulay Hassan 1er (1830-1894) transformé en palace depuis les années 1920. La vue imprenable sur l’ensemble de la Médina qui moutonne à l’infini avec ses 90 km de ruelles (un record au Maroc ! ) est à elle seule un spectacle dont on ne peut se lasser, qu’il soit 10 h, midi ou minuit. Le chant du muezzin vous rappelle combien la ville est musulmane, combien la médina (dans son architecture ancestrale et protégée) est unique au monde avec sa cohorte de milliers de maîtres artisans (maalams) qui perpétuent des savoirs faire exceptionnels. Dans les foundunks (caravansérails), on y trouve des broderies en fil de soie, des passementeries, des châles, des ustensiles en cuivre, des tables en fer forgé décorées de zelliges polychromes, des poteries… Et dans le quartier insensé des tanneurs, vous observerez dans une odeur pestilentielle les ouvriers pratiquer les teintures avec des colorants naturels : menthe sauvage pour le vert, bois de cèdre pour le marron, coquelicot pour le rouge, henné pour l’orange et jaune pour le safran.

Trésor de la pastilla de pigeon

C’est pour cela que l’Unesco a classé à l’inventaire de son patrimoine l’ensemble de la médina. Plus de 150 000 âmes y vivent à l’intérieur. S’y déplacer sans guide est presque illusoire tellement le dédale est labyrinthique. « Balak ! Balak ! » y entend t-on à chaque instant. « Attention, prenez garde ! » est le cri des conducteurs d’ânes et de mules. Car ici ce sont les seuls moyens de transport pour se déplacer ou acheminer des ballots de laine, de tissus ou de victuailles.

Il ne faut pas être étonné aussi de voir, toujours confortablement installé au bord de la piscine ou au bar du palais Jamaï (aujourd’hui griffé Sofitel) d’épaisses fumées noires s’élevant de l’horizon vers le ciel. Il s’agit en effet de milliers de noyaux d’olives que les manufactures de porcelaine font brûler du matin au soir pour alimenter leurs fours. Car la ville est aussi connue pour ses célèbres porcelaines et son fameux « bleu de Fès ».

Mais nous serions incomplets si nous ne vous confions pas un secret : Fes est en effet le berceau de la pastilla, la traditionnelle, la vraie composée d’une pâte feuilletée (« aussi légère qu’un papier de soie », dit-on), d’un hachis de pigeon (bien mijoté), de sucre, d’amandes et d’épices. « Pour moi, une des merveilles du monde de l’art culinaire », s’exclame Fatéma Hal dans son splendide ouvrage Les Saveurs et les Gestes (Cuisines et tradition du Maroc), paru chez Stock.

Alors rendez-vous du 24 au 26 octobre à Fes pour le Festival de l’Art culinaire qui se promet d’être un rendez-vous gastronomique très festif. La présidente ? Fatéma Hal bien sûr, l’heureuse animatrice du restaurant « Le Mansouria » à Paris.

Un vol ?
Royal Air Maroc propose des vols quotidiens.

Un guide ?
Maroc, guide Michelin, très complet sur Fès.

Un site ?
www.tourisme-marocain.com

Les activités liées aux 12 siècles d’histoire ?
www.12siecles.com

Un hôtel ?
Palais Jamaï (Sofitel)
www.sofitel.com

Une maison d’hôte ?
Riad Fès
www.riadfes.com

Où manger la meilleure pastilla ?
Palais Mnebhi
Le maréchal Lyatey y signa en 1912 le « traité de Fès » instaurant le protectorat français.
Quartier de Talaa Seghira

Où déguster le meilleur tagine ?
Riad Maison Bleue
www.maisonbleue.com

Visiter Meknès ?
À 60 km en voiture

Des auteurs français à lire ?
Pierre Loti : Au Maroc (Eddif)
Colette : Notes marocaines (Livre de Poche)
Montherlant : La Rose de sable (La Pléïade)

Diaporama

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Gilles Brochard est journaliste de radio et de presse écrite. Après avoir écrit dans Le Figaro, Recevoir, GaultMilau, Cuisines et terroir, Point de Vue ou Le Quotidien du tourisme, il collabore aujourd’hui à Voyage de luxe, Cig’Art (magazine d’art de vivre suisse), Valeurs actuelles et luxe-magazine.com. Il a publié également plusieurs ouvrages sur la gastronomie et le thé, notamment : Petit Traité du Thé (La Table Ronde), L’Aventure de l’Orange (Denoël), Plaisirs de Thé (Chêne), Les Tables du pouvoir (L’Archer), La Boite à Thé et La Boite à Chocolat (Tana), Le Guide du thé à Paris (éditions de l’If), et publie en septembre Le Thé dans l’encrier (Arléa). Il a collaboré également au Grand livre de Proust et au Grand livre de Dumas (Sortilèges). Il est membre de deux jurys : le prix littéraire Charles Oulmont de la Fondation de France (roman et essai), et le Trophée Jacquart qui récompense de jeunes chefs de moins de trente cinq ans. Il enseigne la « presse culturelle » à l’École Supérieure de Journalisme de Paris.

Un commentaire »

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