La Chine est « bel et bien » éveillée

/Avec 85 millions de visiteurs, l’exposition universelle de Shanghai qui a fermé ses portes, vient de battre le record des entrées de ce type de manifestation. Elle devance aussi celle d’Osaka.
Ainsi, après une organisation impeccable des jeux olympiques, la Chine vient de démontrer qu’outre sa croissance insolente de près de 10% malgré la crise, elle était maintenant entrée dans la cour des très grandes puissances économiques confirmant la prophétie de Napoléon, justement
exhumée par Alain Peyrefitte dans les années 70.

Outre ses performances, la Chine offre au monde l’image d’un pays discipliné, où les avions décollent à l’heure, où les villes sont propres et les appareils fonctionnent bien, où l’on trouve tout dans des centres commerciaux modèles y compris les derniers produits technologiques et toutes les marques.

Des villes comme Pékin ou Shanghai, avec des lieux branchés où la jeunesse dorée danse toutes les nuits jusqu’à 4 heures du matin sur les terrasse en plein air du Bund devant la baie et les gratte-ciels illuminés de cent vingt étages.
Leurs avenues (Bund, Nanking Road, Tin Yu Huting) n’ont rien à envier au faubourg Saint Honoré ou à la Cinquième Avenue, en matière de luxe et toutes les grandes marques sont présentes. Celles-ci, suivent les préconisations de la dernière étude de McKinsey destinées à trouver les moyens pour atteindre le client chinois et lui parler le langage accessible face à des croissances de certains produits comme les parfums qui atteignent 25% par an.

Pour certaines marques, comme Vuitton ou Cartier par exemple, la Chine est devenue le premier client du monde devant le Japon qui avait autrefois ce privilège. Mais les Chinois ne vont pas se contenter d’être des importateurs.
En matière d’habillement par exemple, ils sont en train de copier des savoir faire anglais, italien ou français, avec des matériaux d’exception et des noms qu’ils créent de toute pièce.
Ainsi de clients, il sont en train de passer au stade de fournisseurs comme nous l’annoncions déjà il y a quatre ans dans la 4° édition de notre Que sais-je sur Le luxe et dans notre Histoire Luxe et civilisations* , sur le point d’être traduite en Chine.

/Pour revenir à l’exposition de Shanghai, la seule note négative aura peut être été qu’elle fut victime de son succès : un million de visiteurs les derniers jours, trois heures d’attente devant chaque pavillon, ne permettaient pas de profiter pleinement et en toute sérénité de l’événement. Quant à la qualité des stands, certains laissaient le visiteur sur sa faim.
Certes, un tel exercice est particulièrement difficile et nous ne sommes peut être pas forcément les meilleurs juges. Si par exemple les intentions de la Chine autour des trois thèmes : empreintes, dialogue, vision, d’inspirations très Confucianistes étaient louables et intéressantes, leurs réalisations à partir d’un film en trois dimensions et d’un voyage en petit train dans un labyrinthe fantasmagorique pouvaient laisser une certaine déception.

Quant au pavillon français, grâce à son mur de verdure, il a tenté une nouvelle fois de concilier la tradition culturelle et l’avenir technologique, qui sont les deux fers de lance de notre développement. Il faut le reconnaître l’exercice est difficile et on peut peut-être se demander si pour l’avenir un peu plus d’ouverture avec les marques ou des ateliers de créativité ne serait pas nécessaire.
Mettre mieux en valeur l’image de la France, n’est pas une discipline que l’on apprend dans les universités ou les grandes écoles. Et pourtant, c’est à partir de celle-là que nous attirerons nos futurs touristes et irons à la conquête de nouveaux marchés.

Le « marketing » de la France reste à inventer et peut être faudrait-il dès maintenant demander à un groupe de travail de s’y atteler pour la prochaine exposition de Milan, car, aussi doué soit-il, le commissaire aux expositions ne peut ni tout faire ni tout inventer, surtout en l’absence de certains acteurs qui se sont désistés.

* Que Sais-je – Le Luxe, Jean Castarède, édition Presse Universitaire de France, aujourd’hui 6° édition 2010.
*Luxe et Civilisations, Jean Castarède, Editions Eyrolles, 2008.

À propos de l'auteur : Jean Castarède 22 Articles
un homme aux multiples facettes : ancien directeur de l’Administration générale au ministère de la Culture et de la Communication de 1974 à 1980, il siège parallèlement aux conseils d’administration de l’INA, de l’Opéra de paris et du Festival de Cannes. Par la suite il dirige l’ESSEC (1986-88), puis prend la présidence de COMMINOVE, un organisme de « capital risk » (1988-91). C’est à ce moment là qu’il est nommé président de l’Institut supérieur de marketing du luxe, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. De 1992 à 1995 il est nommé président-directeur général de Distribution de Monnaie de Paris Internationale, société d’Etat qui distribue dans le monde et notamment au japon des articles de la Monnaie de Paris. En 2001, il devient président de l’Armagnac Castarède. Jean Castarède est également membre du collège des Conseillers de l’Académie du luxe. Publications : « Que sais-je » consacré au luxe (1992 réédition en 2003), « La Littérature française en question » en 2004, une « Histoire du luxe en France des origines à nos jours » en 2006. Jean-Castarède a publié plus d’une vingtaine de livres et est spécialiste de l’histoire et de la Renaissance. Il a également écrit une pièce en alexandrins sur la Reine Margot qui a été jouée en province. Il a composé plusieurs intermèdes musicaux : Madame Hanska, Aliénor d’Aquitaine, si Pauline Bonaparte m’était contée, Gabrielle d’Estrées, les Trois Mousquetaires. Il est l’auteur d’un intermède avec Brigitte Fossey sur Jean de La Fontaine. Il vient de terminer l’Histoire du Luxe et des civilisations, qui va paraître en octobre aux Editions Eyrolles.

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