Impressions d’Automne 2011

Par  Jean Castarède,

/Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais à chaque retour de vacances je garde des impressions contrastées. D’ailleurs il faudrait écrire un livre sur « Comment réussir ses vacances », car souvent les gens reviennent dépités…

On a gardé le souvenir de l’été de la canicule, de l’été de la mort de Nadine Trintignant.

L’an dernier, c’était Mme Bettencourt qui défrayait la chronique, ce qui a valu le départ du Ministre du budget.

Cette année c’est DSK qui a fait la une de tous les journaux.
Finalement nous revenons au travail, un peu soulagé de ne plus attendre chaque jour la dernière chronique le concernant.

Tout a éclaté pendant le Festival de Cannes :

Même après quarante festivals, auxquels j’ai assisté, on peut encore avoir des surprises à Cannes. Tel fut mon cas pour cette 64° édition. Je croyais avoir tout vu, tout vécu. C’était une illusion, car nous n’avions pas encore connu le coup de tonnerre du troisième jour : Kahn éclipsant Cannes.
« Strauss Kahn m’a tuer », se serait écrié De Niro en apprenant la nouvelle.

À partir de ces bruits éclatait le dimanche au réveil, cette bombe, nous permettant d’assister en direct au meilleur scénario du siècle qui gagnera sûrement un jour la palme, mais avec le recul et la décision prise le 23 août, lorsque l’on pense aux tonnes de papiers et d’encre que cette affaire a suscitée dans le monde pendant trois mois pour finalement aboutir à un non-lieu et à une requalification « en rapport précipité », on mesure la sagesse de ce grand écrivain qu’était Shakespeare avec sa pièce « Beaucoup de bruit pour rien ».

La nature nous donne l’exemple des équilibres, nous avons eu un été froid et, quelquefois pourri. Nous avons un automne enchanteur : c’est l’image de la vie… Les excès sont toujours compensés.

Voilà pourquoi avec le soleil renaissant, les risques sont de plus en plus menaçants.
Après la dégradation de la note américaine au début du mois d’août suivie de l’effondrement de la bourse nous avons cette épée de Damoclès suspendue sur nos têtes avec un risque de dégradation de la dette française. Nous l’avions écrit il y a deux ans : la crise est finie mais le pire est devant nous.

Aux cours des élections présidentielles, cette dégradation française ferait désordre, à moins que les agences de notation attendent justement le verdict des urnes.

On sait que chaque augmentation d’un point du taux d’intérêt ferait perdre à la France automatiquement 20 milliard d’euros. Alors à quoi bon faire des économies ou faire des plans d’austérité ?

Heureusement, les sociologues le savent bien, quand il y a des menaces, les couleurs s’avivent, de même que, pendant les guerres, les jupes se raccourcissent.

Les premiers défilés nous donnent le ton, notamment ceux de Milan, en attendant la Fashion Week Française. Ils nous dévoilent les tendances diverses et variées en nous offrant un voyage à travers les époques, allant de la mode féminine des années 1950 au dressing rétro des années 1970. Pour Dolce and Gabbana qui met en avant, pour son dernier défilé, une collection Printemps-Eté 2011/2012, riche en couleurs et en légumes du soleil, pour le jour, et de jais brodé ainsi que de cristaux, pour le soir.

Donatella Versace opte plutôt pour des couleurs pastel et scintillantes ultra féminines ainsi que pour de la soie plissée, inspirée de la Rome antique, qui pourrait séduire les stars du tapis rouge.

Finalement il ne faut pas trop paniquer. De 1920 à 1940 la France a connu un taux d’expansion nul, à cause notamment de la crise de 29 qui a duré plus de 10 ans. Pour celle qui nous concerne, nous n’en sommes qu’au début.

Mais il y a quand même encore quelques raisons d’espérer, la démographie mondiale, l’accroissement des échanges internationaux, la croissance des pays émergents.

Une seule chose est certaine, nous ne reviendrons pas en arrière ; d’une part, sortir de l’euro serait une catastrophe quasiment impossible qui remettrait en cause nos efforts de 30 ans ; d’autre part, ne pas tenir compte de la mondialisation à laquelle nous ne pouvons pas échapper est également illusoire.

Alors attendons sagement quelques signes positifs : l’approbation par les parlements du plan européen du 21 juillet (le dernier à voter étant le parlement tchèque le 15 octobre), la mise en place des Eurobounds ou des « Eurobunds », distinction subtile mais intelligente de l’économiste Michel Didier, la surveillance accrue des spéculateurs et l’abolition définitive des ventes à découvert.

Mais ce sera pour notre prochaine chronique.

En attendant si l’on veut se changer les idées d’une manière intelligente, allons écouter Fabrice Luchini, réciter « La Fontaine » au théâtre de l’Atelier.

Lui seul avait raison : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». (Le lion et le rat)

Il y a aussi l’exposition sur le célèbre peintre norvégien, Edvard Munch, au Centre Pompidou, une manière de fêter le centième anniversaire de la naissance de Pompidou.

À propos de l'auteur : Jean Castarède 22 Articles
un homme aux multiples facettes : ancien directeur de l’Administration générale au ministère de la Culture et de la Communication de 1974 à 1980, il siège parallèlement aux conseils d’administration de l’INA, de l’Opéra de paris et du Festival de Cannes. Par la suite il dirige l’ESSEC (1986-88), puis prend la présidence de COMMINOVE, un organisme de « capital risk » (1988-91). C’est à ce moment là qu’il est nommé président de l’Institut supérieur de marketing du luxe, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. De 1992 à 1995 il est nommé président-directeur général de Distribution de Monnaie de Paris Internationale, société d’Etat qui distribue dans le monde et notamment au japon des articles de la Monnaie de Paris. En 2001, il devient président de l’Armagnac Castarède. Jean Castarède est également membre du collège des Conseillers de l’Académie du luxe. Publications : « Que sais-je » consacré au luxe (1992 réédition en 2003), « La Littérature française en question » en 2004, une « Histoire du luxe en France des origines à nos jours » en 2006. Jean-Castarède a publié plus d’une vingtaine de livres et est spécialiste de l’histoire et de la Renaissance. Il a également écrit une pièce en alexandrins sur la Reine Margot qui a été jouée en province. Il a composé plusieurs intermèdes musicaux : Madame Hanska, Aliénor d’Aquitaine, si Pauline Bonaparte m’était contée, Gabrielle d’Estrées, les Trois Mousquetaires. Il est l’auteur d’un intermède avec Brigitte Fossey sur Jean de La Fontaine. Il vient de terminer l’Histoire du Luxe et des civilisations, qui va paraître en octobre aux Editions Eyrolles.

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