Gand, les contrastes d’une ville historique

/Parmi les grandes figures historiques de Gand, Jacob van Artevelde, Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Jeanne la Folle, Charles Quint et même Louis XVIII qui vînt s’y réfugier, sont les plus emblématiques. Aujourd’hui, la richesse historique de la ville est encore palpable.
CultureMag vous propose une plongée touristique sous le signe de l’Histoire.

Il faut comprendre que le port de Gand fut toujours un axe important du commerce belge, surtout depuis qu’il fut relié à l’Escaut dès 1827 par le canal de Gand à Terneuzen.  Il ne cessa de progresser depuis 1968, date à laquelle les navires de plus de 80 000 tonnes purent y accéder. Ainsi, cette zone portuaire austère installée au nord de la ville développe en parallèle un complexe sidérurgique capital pour l’économie de la ville. La société Arcelor Mittal ne produit t-elle pas plusieurs millions de tonnes d’acier par an ?

Carrefour historique de la Flandre, réputée pour son industrie textile, Gand est connue aujourd’hui dans le royaume de Belgique pour sa grande université ancestrale regroupant aujourd’hui en son sein et même au-delà, à Merelbeke, Zwijnaarde (parc technologique) et Melle (pour les essais d’agronomie) pas moins de onze facultés dont celle de Philosophie et de  Lettres (1817), de  Droit (1817); des Sciences (1817), de Médecine et de Sciences de la santé (1817) et Sciences politiques et sociales (la dernière née des facultés, 1992). Une vaste université qui en fait la deuxième du pays par son importance, après celle de Louvain. On compterait ainsi 35 000 étudiants à Gand qui rassemble plus de 290 000 habitants. Ce n’est donc pas un hasard si l’on retrouve trois des universités de Belgique dans le classement des cent meilleures dans le monde. Et pourtant, il ne faudrait pas réduire la voisine de Bruges (seulement 117 000 habitants) à une vision trop réductrice de ses possibilités.

Car Gand est aussi la ville lumière pour le cinéma (festival du 11 au 22 octobre 2011), qui fait suite au Festival du Film du musique (septembre).
Chaque année, le « Gent Festival » attire des foules, avec à la clé, en septembre dernier, le Requiem de Mozart, joué par le grand orchestre de Stuttgart ou la 3e symphonie de Malher, jouée par le grand orchestre de la BBC. Extrêmement performante en matière d’enseignement et de recherche musicale, Gand a été proclamée « Ville de musique » par l’Unesco en 2009.
Voilà ce qui la distingue notamment de Bruges dont le centre historique est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Il faudra sans doute encore un peu de temps pour que Gand réussisse à obtenir cette récompense. Car si l’on sent l’effort fourni depuis des années par la municipalité pour restaurer ses quartiers historiques, il suffit de prendre un bateau et sillonner la rivière Lys (Leie en gantois) pour être quelque peu stupéfait de voir la vétusté de certains bâtiments anciens être encore le terrain de jeu de squatteurs et de constater la saleté à certains endroits où l’eau est quelque peu stagnante en bout de croisière….
Sans parler des quais ravagés par des papiers gras et autres canettes déversées en fin de semaine par une jeunesse désinvolte. Le samedi matin, il faut attendre 10 heures du matin pour qu’ils soient enfin nettoyés ! À croire que l’environnement n’est pas la priorité des Gantois….

Même si le bourgmestre actuel, Daniel Termont vante le dynamisme et l’effort touristique de sa ville, recevant quelques journalistes attentifs dans la salle des mariages de son bel hôtel de ville, après un très long monologue, il a préféré s’éclipser pour ne pas répondre aux questions. À se demander si telle est la manière gantoise d’accueillir des professionnels du tourisme ?

Pratique :

Y ALLER – Par le train de la gare du Nord jusqu’à Lille, puis de Lille jusqu’à Gand, cela en deux heures de temps (quand les trains belges ne tombent pas en panne !). Sinon par le Thalys, comptez une demi-heure de plus en changeant à Bruxelles.

À LIRE – L’indispensable Guide Vert Michelin Belgique-Luxembourg, dans sa nouvelle formule enrichie d’adresses, 616 pages, 21, 90 €.

OFFICE DU TOURISME : Beffroi (Raadskeider) – Botermarkt 17 A. www.visitgent.be.

OÙ DORMIR : à l’hôtel Marriott, installé derrière la façade historique au 10, Korenlei (quai aux grains) avec vue sur l’église saint Nicolas et le somptueux beffroi (classé au patrimoine de l’Unesco) joliment éclairé la nuit. Ouvert depuis mars 2007, l’hôtel est ultra-moderne à l’intérieur, comprenant 150 chambres standard dont plusieurs suites.- (wifi gratuit partout).www.marriottghent.com. À éviter : Hôtel Verhaegen, « chambres d’hôtes d’exception » (Oude Houtlei 110), à cause du très mauvais accueil réservé aux Français. Dommage.

SE RESTAURER : « Korenhuis » (nom inspiré du quai aux grains, koreniei) est le restaurant du Marriott, dans un décor d’appartement donnant sur le quai (terrasse aux beaux jours). Le chef gantois Dan Hebbrecht, 34 ans, revisite certains classiques : infusion d’homard, crevettes grises, lard et ciboule ; carré de cochon de lait; superbe sole grillée (hélas pas préparée en salle), succulente crème brûlée à la pistache, agrumes et sorbet de yaourth. Menu du marché à 45 €. « Belga Queen », Graslei 10. www.belgaqueen.be. Dans une halle aux grains du XIIIe siècle, le plus branché des restaurants animé par de jeunes serveurs habillés d’une tenue de brasseur. Tom Vansteenkiste (36 ans) travaille la « belgitude dans la cuisine » : l’anguille au vert, Plie (poisson blanc) au lard blanc, chanterelles, jus au vinaigre de Xéres et anguille de mer, toast au brie belge et fondue au miel… Bar club à l’étage et grands choix de bières et d’alcools. « Pakhuis », Schuurkenstraat 4. www.docks.be. Dans un ancien entrepôt – toujours dans le quartier historique -, la cuisine de Koen Lefever met en avant le canard des Landes et le poulet de Bresse. Esprit détendu et chaleureux.

UN PÂTISSIER-CHOCOLATIER : « Joost Arijs », Vlaanderenstraat 24. www.joostarijs.be. Gantois de 25 ans, il a ouvert sa jolie boutique écrin en mai 2011 dans le centre de Gand. Confitures pêche-fraise, florentins, bonbons de chocolat, éclairs, macarons fourrés… Un singulier talent à soutenir hors des commerces attrape touristes.

UN SALON DE THÉ : « Julie’s », Kraanlei 13.www.julieshouse.be. Du petit-déjeuner au goûter, Julie propose un assortiment de petits gâteaux décorés, de crêpes et de formules pour le thé. Douillet et coquet.

UN MARCHÉ : Amusant, ce « Marché du vendredi », installé place Vrijdagmark, mélange de fringues, de brocantes et d’étals superbes de poissonniers et de bouchers-charcutiers (très fournis) qui ressemblent à des étals de forains aux néons multicolores.

UN CHÂTEAU : Château des Comtes (Gravensteen). Pour se donner des frissons, d’un chemin de ronde à une salle des tortures. Construit au XIIe siècle, ce château qui fut aussi une prison rassemble la collection d’armes d’un industriel gantois (armures, arbalètes, pistolets à rouet, stylets…), des instruments de tortures impressionnants et une guillotine.

UN MUSÉE : Ne perdez pas votre temps au Musée d’Art contemporain S.M.A.K qui se noie dans des installations navrantes et courez visiter le splendide Musuem voor Schone Kunsten – Musée des Beaux-Arts (www.mskgent.be), juste en face, rien que pour le Saint-Jérôme de Jérôme Bosch, les tableaux du natif d’Ostende James Ensor, les œuvres de Knopff, Rouault, Kokoshchka ou Kirchner.

À propos de l'auteur : Gilles Brochard 98 Articles
journaliste de radio et de presse écrite. Après avoir écrit dans Le Figaro, Recevoir, GaultMilau, Cuisines et terroir, Point de Vue ou Le Quotidien du tourisme, il collabore aujourd’hui à Voyage de luxe, Cig’Art (magazine d’art de vivre suisse), Valeurs actuelles et luxe-magazine.com. Il a publié également plusieurs ouvrages sur la gastronomie et le thé, notamment : Petit Traité du Thé (La Table Ronde), L’Aventure de l’Orange (Denoël), Plaisirs de Thé (Chêne), Les Tables du pouvoir (L’Archer), La Boite à Thé et La Boite à Chocolat (Tana), Le Guide du thé à Paris (éditions de l’If), et publie en septembre Le Thé dans l’encrier (Arléa). Il a collaboré également au Grand livre de Proust et au Grand livre de Dumas (Sortilèges). Il est membre de deux jurys : le prix littéraire Charles Oulmont de la Fondation de France (roman et essai), et le Trophée Jacquart qui récompense de jeunes chefs de moins de trente cinq ans. Il enseigne la « presse culturelle » à l’École Supérieure de Journalisme de Paris.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*