Tunisie, terre de vin

/Depuis la révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir en janvier 2011, la Tunisie vit une certaine instabilité politique. Pourtant les Tunisiens aspirent plus que tout à la liberté et à la démocratie et ils savent que tôt ou tard ils auront un gouvernement qui les écoute et respecte leurs traditions et leur culture.
Une culture de plusieurs millénaires, comme en atteste la très longue tradition viticole que la Tunisie veut aujourd’hui mettre en avant, ayant profondément modernisé sa viticulture depuis plus d’une décennie.

Combien de temps tiendra encore le gouvernement ? C’est ce que les Tunisiens se demandent, en espérant pour beaucoup qu’il restera en place le moins longtemps possible car il a perdu tout crédit, aussi bien auprès du monde des affaires, que des investisseurs, des entrepreneurs, des travailleurs des secteurs privé et public et de la majorité de la population. Il n’a plus aucune chance de se maintenir mais se cramponne coûte que coûte au pouvoir en laissant traîner les choses, en retardant la date des élections et, en attendant, plonge le pays dans un immobilisme qui ne fait que nourrir la grogne. Il tente cependant de relancer le tourisme, conscient que ce secteur, qui représente 7% du PIB, est vital pour le pays.

/En 2011, la fréquentation touristique s’est effondrée, elle est repartie en 2012 mais est encore loin d’atteindre les chiffres de l’année 2010.  Pourtant, aujourd’hui, un touriste qui se rend en Tunisie n’a pas à craindre pour sa sécurité et ce sont d’ailleurs près de 6 millions de personnes qui ont choisi cette destination l’an passé, dont près d’un million de Français. Mais le vrai problème est que le gouvernement actuel est empêtré dans ses contradictions et que les professionnels du tourisme ne savent que faire, n’osent rien entreprendre, ne sachant pas de quoi demain sera fait et vivant au jour le jour.

Ainsi, le ministère du tourisme souhaite développer l’œnotourisme mais, dans le même temps, augmente les taxes sur les boissons alcoolisées et invente une taxe de consommation sur les vins pétillants qui fait grimper les prix à des hauteurs sans commune mesure avec la qualité des produits. Et comment les viticulteurs peuvent-ils croire qu’aucune menace ne pèse sur leur profession et que les investisseurs vont revenir, quand tant d’hectares de vigne ont été arrachés et que l’État tente de mettre la main sur les structures qui fonctionnent et met son nez dans les affaires privées ?

Il faut pourtant saluer le courage et l’optimisme de tous ceux qui s’obstinent à faire leur travail, à le faire bien et à espérer que demain sera meilleur, car c’est ce à quoi aspire la Tunisie. Et il n’est pas interdit d’espérer que le renouveau touristique sera plus agréable pour tous, plus respectueux et plus intéressant.

/Ainsi, loin des gigantesques hôtels de Hammamet et Yasmine Hammamet, dont le côté toc et kitsch fait penser à un petit Las Vegas méditerranéen, les gîtes ruraux commencent à se développer.
C’est le cas de Dar Zaghouan à Zaghouan, premier gîte rural à avoir ouvert, en 2007, et qui propose une cuisine du terroir, avec les produits de son potager et de sa ferme. On y fabrique du fromage, du pain, on y élève des vaches, quelques chevaux, une basse-cour où se côtoient pintades, dindons, poules, autruches, canards, et ce jardin idéal de quelques hectares planté d’oliviers et d’amandiers accueille non seulement des écoliers qui viennent y découvrir la ferme et la culture des plantes, mais également des repas d’entreprises, des cérémonies de mariage et, bien entendu des touristes européens et tunisiens venus chercher le calme de la campagne et le confort de suites agréables ou de petits chalets individuels isolés derrière les arbres fruitiers.

À Zaghouan, ville située à une soixantaine de kilomètres de Tunis, se trouvent les vestiges du Temple des eaux, construit par les Romains au deuxième siècle de notre ère pour alimenter Carthage en eau. Quelques restes d’aqueducs sont également visibles sur la route, mais le site n’est pas beaucoup mis en valeur. Il faut s’attarder un peu dans la ville, déambuler dans ses ruelles jusqu’au quartier andalou et s’arrêter boire un thé au café des nattes, sous l’une des mosquées. Zaghouan est au cœur de la région viticole de la Tunisie.

Depuis une décennie, le vin tunisien se développe bien, privilégiant la qualité dans l’espoir que la jeune génération, qui boit beaucoup de vodka et de bière, saura y trouver son plaisir. Il ne s’exporte pas encore beaucoup et très peu en France, c’est pourquoi il est impératif de se rendre en Tunisie pour le déguster. Il faut toutefois savoir que si l’on peut le déguster dans les domaines, on ne peut pas l’y acheter ; il faut pour cela se rendre dans les supermarchés ou dans les grands restaurants car il n’existe pas de caves vendant du vin ou même simplement de l’alcool. Mais on peut faire de bonnes affaires à Carrefour, Monoprix ou autre supermarché, pour peu que l’on sache ce que l’on souhaite boire (et à condition de ne pas tenter d’acheter d’alcool le vendredi).

/Situé à Grombalia, le domaine Neferis, dont les bâtiments datent de l’époque du protectorat, cultive 200 hectares de vignes et exporte 70% de sa production à l’étranger, mais pas en France. Ce domaine viticole qui date de 1881 a été français jusqu’en 1964, ce qui explique que l’on y cultive principalement du Chardonnay, de la Syrah, du Grenache, du Carignan mais aussi du Pedro Ximenes. Samia Benali en est l’œnologue depuis sa première vendange au domaine en 2000 et y fait des merveilles. Elle y produit notamment un Selian blanc Sidi Salem et une cuvée Magnifique qui porte bien son nom. A conseiller, le rouge pour la cuvée 2008.  Selon Samia Benali, le vin tunisien a connu un saut qualitatif énorme depuis dix ans et le résultat est plus que convenable, compte tenu du prix de vente. Compter aux alentours de 5 à 6€ la bouteille de rouge, de blanc ou de rosé cuvée Selian dans un supermarché. Compter un peu plus pour la cuvée Magnifique.

Le château Kurubis à Korba est un vignoble plus modeste de 22 hectares mais idéalement situé sur un promontoire en pente douce, non loin de la mer et entouré d’oliviers. Cinq cépages y sont présents : Muscat d’Alexandrie, Chardonnay, Merlot, Syrah et Mourvèdre. Le vignoble est conduit en agriculture raisonnée et les vins sont vendus uniquement aux restaurateurs, on ne les trouve pas en supermarché.  A goûter absolument, si vous avez la chance d’en trouver, le Kaprice, un Syrah rouge produit à seulement 3000 bouteilles et le S de Kurubis qui est un Muscat d’Alexandrie exceptionnel mais produit de manière très confidentielle (moins de 1000 bouteilles de 50cl).

Les Vignerons de Carthage (anciennement UCCV) réunissent sous la houlette de l’œnologue Belgacem D’Khili les viticulteurs qui se réunirent en coopérative après les ravages du phylloxéra en 1948. Cette union coopérative leur a permis de se relever, de moderniser leur technique et de créer les A.O.C en se dotant d’un droit du vin sur le modèle français. Les vignerons de Carthage regroupent aujourd’hui le Domaine Clipea, le Domaine Reine Elissa, le Domaine Magon, le Clos Lansarine et le Domaine Royal Azur. Ils représentent 10 000 hectares de vignes.

Pratique :

Nos conseils :

– Vins blancs : Muscat sec de Kélibia A.O.C (100% Muscat d’Alexandrie, 5€ la bouteille), notamment pour l’apéritif ; domaine Clipéa Chardonnay A.O.C Mornag (100% Chardonnay, 5€).

– Vin rosé : Gris d’Hammamet A.O.C Mornag (Grenache, Syrah) à boire rapidement, avant l’été.

– Vins rouges : Clos Lansarine A.O.C 1er cru coteaux de Tebourba (Grenache, Carignan, Syrah – millésime 2007, 10€) ; Magon A.O.C Mornag (Syrah, Merlot – millésime 2011, 7€) ; Vieux Magon ou Magon Majus A.O.C Mornag (Syrah, Merlot – millésime 2008, 9 à 10€) ; Pinot noir A.O.C Mornag (Pinot noir, Syrah, 6€) ;

Hébergement et restaurants :

– A Sidi Bou Saïd : Dar Saïd, hôtel de charme  www.darsaid.com.tn

– A Carthage : villa Didon, hôtel et restaurant http://www.villadidoncarthage.com/
Regency Tunis hôtel www.regencytunis.com

– A Tunis : Tunisia Palace – restaurant le Dôme, 13 avenue de France, Tunis

Dans la Medina : restaurant Dar El Jeld Le Diwan  www.dareljeld.com
Dar el Medina, résidence de charme, chambres et restaurant www.darelmedina.com
Dar Ben Gacem, hôtel de charme www.darbengacem.com

– A Zaghouan : Dar Zaghouan, gîte de charme écologique www.darzaghouane.com

– A Nabeul : hôtel Les jasmins – restaurant Slovenia e-mail : hotel.jasmins@gnet.tn

Office du Tourisme de Tunisie en France
32 Avenue de l’Opéra – 75002 Paris
Tél : 01 47 42 72 67
www.bonjour-tunisie.com

Photos : Vignes tunisiennes – Tonneaux dans La fontaine aux Mille Amphores à Mégrine – Le marché central à Tunis – un café devant l’entrée de la Médina de Tunis

À propos de l'auteur : Matthieu Falcone 234 Articles
diplômé en Lettres Modernes et Sciences Politiques. Il collabore comme pigiste aux pages "culture" de plusieurs magazines.

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