Les coulisses de la Semaine de la Francophonie : pauvre français !

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En marge de la semaine de la Francophonie, il y a quelques semaines, les débats ont été vifs et contradictoires autour de l’avenir de la langue française ; l’actualité francophone a suscité aussi bien des interrogations.

Une certaine euphorie d’abord, c’est le propre des fêtes : non seulement la langue française n’est pas en danger, mais elle est en pleine expansion, a-t-on pu entendre et lire ici ou là. Elle est déjà parlée par 220 millions de locuteurs dans le monde dont plus de la moitié vit en Afrique. Compte tenu du développement démographique, ce seront donc quelque 700 millions de personnes qui parleront le français, vers 2050. Une euphorie très vite modulée par une étude de la Banque Natixis, relayée par le magazine américain Forbes qui conclut que l’anglais devrait néanmoins rester la langue la plus usitée du monde.

Puis, toute une série de questions se sont invitées à la fête. Parmi elles, celle récurrente de la place de la langue française dans les institutions de l’Union européenne. Son recul remarqué est-il inéluctable ? Comment éviter la fatalité du monolinguisme ?

Autre interrogation : la nouvelle tentative du gouvernement de faire ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires par un prochain vote du Sénat, et cela en dépit des positions communes du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel sur ce texte contraire à plusieurs dispositions de notre Constitution et en dépit de la pétition signée par l’ensemble des associations de défense de la langue française. Les lecteurs pourront consulter à cet égard le dossier complet avec un historique de la question établi par l’association  Avenir de la Langue Française, dans le numéro 52 d’avril 2014 de sa revue1.

La question de la succession d’Abdou Diouf à la tête du Secrétariat général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, – succession qui sera entérinée lors du prochain sommet de Dakar en novembre 2014 -, commence à éveiller les convoitises. Poste éminemment politique, il intéresse aujourd’hui le Mauricien Jean-Claude de l’Estrac qui, le premier, a fait part de sa candidature. Secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien, il considère en effet que l’Océan Indien est le nouveau centre de gravité de l’économie mondiale et la langue française y a déjà toute sa place. Homme de culture et diplomate, il espère apporter à la Francophonie d’aujourd’hui et de demain son expérience, sa force de conviction et sa capacité naturelle à fédérer autour d’un projet mobilisateur. Nul doute que la place sera chère !

Un pavé dans la mare

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Enfin, le véritable « pavé dans la mare » jeté par Michel Guillou, membre de l’Académie des Sciences d’outre-mer, directeur de l’Institut pour l’étude de la francophonie et de la mondialisation, dans le Figaro du 19 mars dernier, où l’universitaire dénonce l’abandon par les décideurs français de tout souci de défense de notre langue dans le monde. « La France n’a pas d’ambition francophone, le lien francophone est en train de se distendre, il menace de se rompre », dira-t-il. Et de citer l’exemple de la création d’une université française au Viet Nam … en langue anglaise !

Cette « trahison des élites » est aujourd’hui doublée de la démission du gouvernement de Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie, sous le coup d’une enquête préliminaire sur ses déclarations de patrimoine, remplacée dans le nouveau gouvernement Vals par un simple secrétariat d’État confié à Annick Girardin.

Face à ces incertitudes, beaucoup ne baissent pas les bras. Certains le font avec le professionnalisme lié à leur fonction : c’est le cas du député Pouria Amirshahi, député des Français de l’Étranger et ardent promoteur de la langue française, qui a présenté fin janvier un rapport à l’Assemblée nationale intitulé « Pour une ambition francophone », rapport unanimement apprécié et dont le président d’ALF, Albert Salon, précise « qu’il nous appartient de nous y référer  et sans cesse agir pour que les propositions qu’il contient soient enfin prises en considération par le gros de notre classe politique trop désabusée, sceptique, démissionnaire quand ce n’est pas hostile à ses propositions »2.

Autre combattant : le Président Hervé Bourges, ex-dirigeant de l’audiovisuel, qui dénonce avec humour ces élites françaises qui cèdent au tout-anglais. Il vient de publier un essai percutant et dynamique sur la langue française, enjeu du XXIe siècle : Pardon my French, publié aux éditions Karthala, est un ouvrage atypique et judicieux, qui regorge de propositions d’actions concrètes. Il donne la parole à François Rabelais, Michel Serres, Étiemble, entre autres. Un ouvrage résolument optimiste et combatif, à mille lieux des déclinistes et autres passéistes3.

Enfin, il y a la méthode pamphlétaire de l’académicien Jean Clair. Dans son ouvrage Les derniers jours publié chez Gallimard, Jean Clair s’insurge contre la langue des médias et le jargon des technocrates.
Je laisse à ce propos la parole à Christopher Gérard, qui dans le Service Littéraire de janvier 2014, en fait une captivante critique :
«  Les lecteurs reconnaîtront dans cette somme de réflexions toujours pénétrantes, souvent amères, son chant funèbre pour une langue, notre langue française, que les diktats des pédocrates, tout acquis aux niaiseries égalitaires, ont transformée en une langue morte, faisant des enfants d’aujourd’hui, surtout s’ils proviennent de milieux modestes, des aphasiques et des apatrides sur leur propre sol – des barbares »
4.

Catherine Distinguin.

1 Pour en obtenir un exemplaire, téléphoner  au 01 43 40 16 51.
2 Un rapport accessible sur le site d’ALF qui en fait une analyse exhaustive. www.avenir- langue-francaise.fr
3 Pardon my friend – Hervé Bourges – Éditions Karthala -18 €.
4 Les derniers jours – Jean Clair – Gallimard – 21 €.

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