Georges Prêtre est entré dans la lumière du silence

Publié par sur CultureMag.fr le 11/01/2017 • Thème : A la Une, Libres propos

Par Christophe Mazurier*

/Comme chez les compositeurs et les écrivains, les grands chefs d’orchestre sont rares. Georges Prêtre était de ceux-là.

Celui que l’on a surnommé le plus viennois des chefs d’orchestre et qui était le chef préféré de Maria Callas, qui dirigea la Scala de Milan, le Metropolitan Opera de New York, l’orchestre philharmonique royal de Londres et, pendant un demi-siècle, le très prestigieux Philharmonique de Vienne, si bien que c’est par là que nous avons appris son décès, était pour le monde le représentant de la France, et en France le chef cosmopolite par excellence.

En musique comme en philosophie, l’Allemagne a dominé le XIXe et une partie du XXe siècle, mais la voix française a toujours su se faire entendre, originale, souple, légère sur la forme mais jamais dépourvue, dans le fond, d’acuité et d’intelligence. Il n’est pas nécessaire d’être français pour jouer la musique française, assure-t-on, et cela est probable.

Il y a néanmoins un timbre, une couleur et une originalité de la musique française que tous les chefs ne sont pas capables de percevoir et de transmettre. Georges Prêtre si, lui à qui Francis Poulenc écrivait dans les années 50 sur la partition de La Voix humaine dont il lui avait confié la création : « mon cher maître, avec vous j’ai enfin trouvé le chef que j’attendais depuis des années. »
L’amitié nourrie de mutuel respect, qui naquit entre Poulenc et Georges Prêtre fut de celles que Goethe a magnifiquement nommées les affinités électives. Tout comme cette longue amitié entre le chef d’orchestre et la Callas, qu’il admirait plus que tout, tant et si bien qu’à la fin de sa vie il fit montre d’une patience étonnante à son égard, alors que la diva avait plus de difficulté à atteindre certaines notes.
Si Francis Poulenc, dans les années 1950, figurait parmi les premiers compositeurs français, c’est qu’il avait prouvé son talent à mettre en musique, avec une modernité extraordinaire, un immense répertoire profane, puisant dans la poésie française de Louise de Vilmorin, de Paul Eluard, de Jean Cocteau, d’Apollinaire, d’Aragon mais aussi, après sa visite au sanctuaire de la Vierge Noire de Rocamadour, se montrant génial créateur de pièces de musique religieuse, dont les Litanies à la Vierge Noire, le Stabat mater et les Dialogues des Carmélites – dont le texte est dû à Georges Bernanos – témoignent.

Georges Prêtre lui aussi, homme d’autorité et de fort tempérament, selon les musiciens qu’il a dirigés, était capable d’embrasser un très large répertoire, de Puccini à Dvořák, de Chostakovitch à Berlioz, en passant par Ravel, Darius Milhaud, Johann Strauss et bien entendu Poulenc et, même s’il confiait vouloir surtout jouer la musique française à l’étranger, ce qui est bien le signe d’un esprit français, d’être fier de ses origines à l’étranger et plus humble dans son pays natal.
Il fut également un esprit religieux et l’on peut avancer que le rapport à la religion n’a sans doute pas été sans influence sur son amitié avec Francis Poulenc, la presse ayant largement rapporté ses obsèques catholiques dans l’intimité de la petite église de Navès dans le plus profond silence, celui-ci seul étant digne de Dieu, selon ses propres mots, ce qui est le signe d’une grande humilité et d’une foi profonde, pour un chef d’orchestre de si grande renommée, et qui assurait quelques mois plus tôt vouloir diriger de nouveau, car il disait que la compréhension de la musique grandissait avec l’âge.

On peut donc, et c’est la dernière leçon que nous adresse Georges Prêtre, être un des plus grands passionnés de musique, avoir dirigé les plus beaux orchestres et d’immenses pièces du répertoire classique ; avoir été le chef préféré de la plus grande soprano du siècle, et se rappeler à l’heure de sa mort que le silence est le seul langage qui plaise à Dieu, que la musique, si belle soit-elle, demeure pourtant le signe de la faiblesse humaine.
Une de ces faiblesses dont nul n’a cependant à rougir, même devant son créateur.

* Christophe Mazurier est un banquier et un homme d’affaires international. Il a collaboré au plus haut niveau au sein du Crédit Mutuel CIC pendant 25 ans et a notamment été directeur général puis président des activités de Private Banking à l’international. Philanthrope, Christophe Mazurier est également très impliqué en matière de protection environnementale et de mécénat culturel.

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