Roland Jaccard : Station terminale

/Qu’on ne me demande pas de recenser un livre. Je préfère les impressions qu’il me donne. Je laisse courir mon imagination. Avec Roland Jaccard, il faut être sur ses gardes.

Avec Jaccard, on pense à ce « double » chéri des écrivains russes. Le motif dans le tapis. L’un commente l’action de l’autre, son frère, ce grand disparu qui laisse un manuscrit inachevé. Il fait l’éloge des palaces (Vicki Baum), il voyage, Vienne, Séoul, Tokyo, sans oublier Lausanne.

Il faut enchanter le monde, disent les imbéciles. Au contraire, il faut déchanter chaque fois qu’il est possible. Il y a l’amour des nymphettes, des japonaises en particulier et quelques autres. Il y a l’empire des sens suivi d’une bonne séance de lassitude.

Ici le ton est réjouissant qui fait penser aux meilleurs moments des romans de Peter Cheyney. Les fâcheux (Montherlant) ne font pas partie de cette vie vouée au plaisir, corsée d’un brin de cynisme et de désinvolture lorsqu’on est obligé de vivre parmi ces hommes ressemblant à des mammifères quadrumanes. Quand une liaison s’achève, c’est un peu comme le corps de Madame de Staël dissout dans un bain d’alcool.

Avec Peter Altenberg et le peu sérieux Léo Slezak, on sait qu’un chagrin d’amour ne dure qu’un instant. L’inconstance et la latitude en amour ont des airs de Benjamin Constant dont Roland Jaccard semble être le continuateur. Toute tentative de se fixer est bannie ; bienvenue à une solitude bien tempérée. De la souplesse, encore de la souplesse dans les sentiments si l’on veut échapper à cet épouvantail qu’est le suicide ; nécessité d’éprouver des sensations nouvelles.

Terminus, tout le monde descend. Ce livre remarquable est destiné au lecteur complice, pour reprendre le beau titre d’un livre de Claude Anet.

Alfred Eibel.

Serge Safran éditeur, 151 p.,15,90 €.

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