Catherine Safonoff, La distance de fuite

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Catherine Safonoff, la plus elliptique, la plus ailée des écrivains de Suisse romande, genevoise par-dessus le marché, une variante d’Amiel aux reflets vibrants, sur la brèche, prête à tendre l’oreille, à recevoir les sons des mots que produisent ceux qui lui rendent visite.

Elle représente une espèce de médecin attaché aux principes de la vie de son patient, à la recherche d’une issue entre deux silences, apte à interpréter la moindre molécule d’une déclaration. « Grappiller des causettes » dit-elle.
Ces instantanés de vie, Catherine Safonoff les transmet au lecteur sans retouches, faisant comprendre que le plus surprenant d’une vie ce sont précisément ces moments de grâce. Ce « peu de chose » constitue la personnalité profonde d’un individu. Trouver le dénouement entre « le voilé et le révélé ».

Un bout de phrase vaut mieux qu’une péroraison, une hésitation davantage qu’un argument étayé, un exercice vocal plus qu’un cri de joie. C’est ainsi que Catherine Safonoff capte les confidences d’une personne ; jamais abstrait, toujours solide, consistant. Elle note que « le vêtement principal de quelqu’un, c’est son visage, son regard ».

L’ensemble de ce qu’elle rapporte dans son livre pourrait faire croire qu’en se tenant à distance de ses nombreux invités elle ne serait qu’une manipulatrice responsable d’un manège qu’elle fait tourner à toute allure sans y participer. Pas du tout, au bout du compte, le lecteur en apprend plus sur Catherine Safonoff, à sa manière subtile, son sans malignité.

Elle se livre totalement sans complexe.

Alfred Eibel

Catherine Safonoff, La distance de fuite, Éditions Zoé, 328 p.18,50 €.

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