L’Oustau de Baumanière, l’art et la manière

Un petit coin de paradis niché quelque part… au milieu de nulle part, au coeur des Alpilles.
C’est pourtant là que commence la prodigieuse aventure de l’Oustau de Baumanière, marquant la naissance du premier Relais et Château.
Une visite s’imposait en cette demeure du bon vivre et du bien manger sur fond de chants de cigales.

 

Le touriste lambda rêve face au mystérieux massif des Baux. Pourtant Mais que l’on se souvienne de Pagnol et de ses description. Roches âpres en terre arides, aussi blanches que le ciel est bleu, elles portent la mémoire d’un temps où la Provence n’était pas synonyme de douceur de vivre : guerre de l’eau, sol aride et garrigue infertile, vents furieux, gels ou chaleur écrasante, le paysan provençal ne rêvait certes pas de se perdre au bout du monde, là où justement Raymond Thuillier, ancien assureur, achète, en 1945, une bergerie du XVIIe siècle. Tout près du Val d’Enfer, cela ne s’invente pas !
Au fil des décennies, il fera l’acquisition de 4 hectares et de bâtiments et le lieu deviendra L’Oustau, le premier Relais & Châteaux au monde.

Par son charisme, alors qu’il ne possède encore que la Mas, Raymond parvient à attirer un aréopage de personnalités telles que Georges Pompidou, Jean Cocteau qui y signe son testament, la reine mère Elizabeth d’Angleterre, Winston Churchill, Clark Gable, la princesse Grace de Monaco… ou plus récemment, Jean Reno, Mireille Darc, Paul McCartney ou Brad Pitt…
Le Lyonnais Thuillier parie sur le tourisme en Provence et sait attirer les regards vers ce bout du monde aride et somptueux.
Le Lyonnais Thuillier met en avant la cuisine provençale avec le tian de légumes, le gigot d’agneau, l’huile d’olive…

Avec Jean-André Charial, le petit-fils qui a tout appris auprès de son grand-père, le succès ne se dément pas avec une hausse de 3000 clients en 2017 et 12 millions d’investissements.
Avec sa fille et sa femme Geneviève, décoratrice dans l’âme, le domaine s’agrandit et ouvre des chambres d’un goût très sûr dans les bâtisses éparses et rénovées sur une nature respectée autant que sobrement domestiquée, harmonieuse et odorante : un carré des simples, des treilles fleuries, des roseraies, des fontaines provençales au doux murmure, un potager bio, une mare aux cygnes et aux canards.

Mais c’est à table que se joue la réputation de l’établissement depuis l’obtention des trois étoiles par Raymond, en 1954 !

Là-haut, dans le mas originel, la célèbre table de l’Oustau avec le jeune chef Glenn Viel au piano depuis 2015. André Charial n’a pas quitté la veste du chef mais il laisse toute liberté à son poulain qui reprend les plats mythiques de la Provence le gigot d’agneau de lait ou  le rouget aux tomates confites, et le millefeuille à la vanille. Passé par le Meurice, le Plaza Athénée et Courchevel, le chef Viel est aussi modeste que sa cuisine est fraîche, juste et gorgée de soleil, c’est l’ode à la Provence éternelle enrichie de nouveaux plats  : le thon rouge en tataki (70 euros), le pain de loup au jus de tête (57 euros), le pigeon des Costières à la lavande (65 euros), ou les incontournables comme l’agneau de lait au jus de thym citron et la fameuse crêpe soufflée au Grand-Marnier (26 euros) façon Raymond Thuilier.
Alliances et jeux de textures audacieux trouvent leurs pendants dans les plats signature mitonnés dans les règles de l’art.
Nul n’oublie que le grand-père est  l’inventeur du ris-de-veau en terrine et du filet de rouget au basilic !

Tout y est goûteux mais allégé grâce au travail de Jean-André Charial puis de son jeune chef. On a remplacé le beurre par l’huile d’olive et on cuisine les légumes du potager bio sous tous les modes. Enfin, on s’autorise tout de même un très canaille « vrai cochon de lait, voile de gras condimenté, jus au maïs »

Et pour aller au bout de l’expérience culinaire, gageons que vous trouverez vote bonheur parmi les 60 000 bouteilles de la cave dont la fameuse cuvée du propriétaire baptisée à propos l’Affectif !

Pour satisfaire les plus exigeants, n’oublions pas qu’à l’Oustau une trentaine de cuisiniers, boulangers, pâtissiers, plongeurs se démènent, entourés des 300 employés du domaine de Baumanière.

Une vraie maison de famille

Les heureux hôtes peuvent déambuler entre la bâtisse d’origine où est sis l’Oustau, à 1000 mètres d’altitude, avec ses onze suites à la superbe hauteur sous plafond dont l’une abrite un pin parasol, décorées par l’artiste Stephane Plassier ou par la maîtresse de maison ou descendre.

Plus bas, loin de l’effervescence de l’hôtel et du restaurant historiques, on retrouve le Manoir, notre coup de cœur. Cette imposante bastide du XVIIIe siècle vous donne l’impression de vous retrouver dans une maison de famille, à l’ombre des platanes, avec ses terrasses, sa piscine en pierre ombragée datant de 1947 (une prouesse de Raymond !). On peut y séjourner dans une suite Prestige Luxe de 75 mètres carrés toute de gris pâle, kaki, doré, imaginée par les décoratrices Philippine Lemaire et Clémence Boyer. Objets de famille et pièces de créateurs, tels Ingo Maurer, Castelloni & Smith, Marc Neuhoff, vous donnent plus que jamais l’impression d’y être en famille…
Un peu plus loin, au mas Flora, encore dans sa décoration des années 80, les suites, de plain-pied, s’ouvrent chacune sur une terrasse, à côté de la grande piscine.

Depuis 73 ans, âge de l’Oustau de Baumanière et de Jean-André Charial, on met le meilleur de soi-même pour durer, malgré les coups durs, la concurrence,  les indélicatesses de collaborateurs à l’honnêteté douteuse, la mort du fils à l’âge de 20 ans… Ici, la famille cultive le beau, le vrai et le bon et l’amour des gens !

Une histoire de passion et d’excellence qui fait du Baumanière un hôtel historique au charme incomparable portant toujours haut les couleurs de la devise familiale : « Nous maintiendrons » !

Pratique :

Baumanière
Les Baux de Provence (Bouches-du-Rhône).

L’Oustau : à partir de 165€ le menu
Chambres : de 280 à 630 € la nuit. Suites : de 380 à 990 € la nuit.
Demi-pension, à partir de 368 €/jour.
Tél. : 04 90 54 33 07

www.baumaniere.com

 

À propos de l'auteur : Salsa Bertin 404 Articles
journaliste spécialisée dans le domaine de la culture et de l'art de vivre. Docteur ès-Lettres, elle est l'auteur d'ouvrages tels que : Michel Bernanos, l'Insurgé, Et si on parlait du spiritisme ? Le guide des séjours spirituels en Europe...

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*