Rafraîchissements littéraires 1- La Promesse de l’Aube, Romain Gary : Sous les pavés la mère

Seconde Guerre Mondiale. Un détachement de jeunes officiers tente de s’emparer d’un avion pour rejoindre la Résistance à Londres. Parmi eux, Romain Gary espère enfin échapper à l’oisiveté déprimante de la débâcle. Un appel retient le jeune homme : c’est sa mère qui, encore une fois, prend des nouvelles. Il décroche, laissant ses camarades faire un premier tour de piste. L’avion explose. Sa mère l’a sauvé.
La récente adaptation au cinéma de La Promesse de l’Aube, publié en 1960, a, au milieu des critiques qu’elle a subies, le mérite d’avoir remis ce roman dans l’actualité.

Si le film a pu en décevoir certains — on en pense finalement bien ce qu’on veut —, il a fait un certain effort d’esthétisation qui a pu rendre curieux le spectateur, le transformant parfois en lecteur de l’œuvre originale, passionnante à bien des égards. Pour les quelques indécis, ou réfractaires, nous nous proposons d’en faire la promotion.

La Promesse de l’Aube est le récit, largement autobiographique, de la vie de Romain Gary (anciennement Kacew). Largement autobiographique, puisque si la plupart des événements sont véridiques, la fiction perce çà et là le récit.
Il relate la vie de l’auteur depuis son enfance en Russie puis en Pologne, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans laquelle il officie en tant qu’aviateur, en passant par ses études en France. Principalement centré autour de la relation qu’il entretient avec sa mère, le roman fait également la part belle à sa formation,  posant ainsi la problématique de l’émancipation du jeune Romain, qui s’attache pourtant à accomplir la destinée de héros et d’artiste que sa mère lui a confiée.

Là où le film, en se plaçant avec la caméra à la troisième personne, donne à voir une mère atroce avec son fils, volontairement violente et possessive, le regard de l’auteur à la première personne en adoucit les angles, lui donne une tendresse toute naturelle qui met en tension les actes et leur récit. Cette relation prend place dans une Europe dévastée par la guerre, dans laquelle s’enchaînent pour le héros les situations rocambolesques : on mentionnera ici le duel pour l’honneur avec un polonais en plein Londres bombardé, l’atterrissage d’urgence qu’il effectua avec un pilote rendu aveugle, ou sa survie contre la maladie, qui lui est presque reprochée par des médecins trouvant « qu’il ne sait pas mourir ».
Le roman est mâtiné d’un humour parfaitement maîtrisé qui vient ponctuer le texte, en désamorçant parfois les situations épiques, ou au contraire en augmentant les scènes plus quotidiennes (on ne résiste pas ici à mentionner le passage où Romain tombe deux fois passionnément amoureux avant de souffrir terriblement de la séparation, tout cela en l’espace d’une semaine et de trois pages).

La très grande fraîcheur de la narration au sein d’un contexte d’une gravité évidente permet de faire ressortir avec d’autant plus de force la dimension tragique de la relation maternelle, qui est installée dès la première partie :

Avec l’amour maternel la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.
Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances.

Laquelle court tout le roman comme une longue colonne vertébrale, et sans laquelle Romain n’est fait que de chairs, et plus d’os : sans sa mère, il est un corps sans squelette.

On ne saurait que trop conseiller de se pencher à nouveau, ou pour la première fois, sur ce roman qui traverse un des épisodes les plus importants de l’histoire, et ce du point de vue d’un auteur qui trouve dans l’écriture la ressource pour faire la rétrospective de sa destinée et qui parvient par l’humour à s’en distancier.

À lire : sur les plages de Nice ou sous les toits de Paris.

Maximilien

La Promesse de l’Aube, Romain Gary, 1960 Sous les pavés la mère

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