La femme est l’avenir de l’homme – V. Hugo, Hernani (1830)

Rafraîchissement littéraire 3- Hernani
Hernani
de Victor Hugo est une banale histoire d’amour. C’est un drame, ou plutôt, un sujet banal de drame. On y trouve de l’honneur, de l’amour, un passé qui prend le rôle des
dieux, et qui induit la même fatalité. Hernani est, si l’on y regarde de loin, comme tant d’autres drames, comme tant d’autres pièces. L’intérêt ne peut être qu’ailleurs.

Lire Hernani aujourd’hui

Et cet intérêt n’est pas, pour nous lecteurs du XXIème siècle, dans le scandale qu’il provoqua lors de sa première représentation en 1830. Si nous prenons plaisir à lire que les chevelus et les chauves en sont venus aux mains, que Balzac reçut un chou au visage et que les comédiens étaient interrompus en général 150 fois par représentation, il faut bien dire que les raisons d’une telle cabale nous échappent aujourd’hui. En effet, pour qui lit Hernani, à moins d’adhérer ardemment aux théories du classicisme littéraire, il est peu de chances que celui-ci ne s’insurge tous les douze vers en prétendant qu’un roi ne devrait pas demander l’heure. La révolution de Victor Hugo est intéressante au regard de l’histoire, mais, je le répète, le lecteur actuel a largement digéré ces différents changements, et pour lui Hugo est plus proche de Racine que de Beckett.

L’intérêt ne peut être qu’ailleurs. Pourquoi lire Hernani aujourd’hui, sinon en tant qu’historien, dont l’opinion veut qu’il soit aussi poussiéreux que son ouvrage ?
Pour la noblesse, non pas de ses personnages, mais de ses sentiments. Et je ne parle pas ici de l’honneur d’une famille qui doit être préservé, ni de l’ambition qui doit être satisfaite ; je ne parle pas plus de la fatalité des personnages contre laquelle ils se battent en vain. Non, un sentiment règne sur tout cela, dont le souverain est une reine : c’est Doña Sol, et son sceptre est l’amour.

Mourir de ne pas mourir

A bien lire Hernani, on se rend compte que ses héros sont le plus souvent ridicules. Certes, ce sont des géants qui s’affrontent, guidés par des Titans : il y a là
un roi, un comte, un duc, qui veulent respecter la promesse faite à leurs aïeux, qui veulent diriger un Empire. Il s’agit bien de noblesse, d’honneur ; mais en définitive tous cherchent à correspondre à une image qu’ils se sont faite, bien plus qu’ils ne cherchent à l’incarner. Il n’y a qu’à voir la pulsion maladive d’Hernani pour mourir absolument plutôt que de chercher à fuir avec Doña Sol, et la fâcheuse tendance à vouloir décider pour elle sans la laisser parler ; on pourrait en dire de même de l’oncle dont la vieillesse est raillée, et qui exige comme le vieil Agecanonix qu’on lui tape dessus. A bien lire Hernani, on réalise à quel point c’est Doña Sol, alors qu’elle est au centre de l’attention, qui semble déjà connaître la fin et s’y est faite : en refermant Hernani c’est elle qui nous reste en tête, comme le personnage qui a réalisé son amour et qui est restée fidèle à son sentiment de bout en bout, sans rien négocier, sans rien compromettre.

Bien sûr, on pourrait ici lister les thèmes et les personnages d’Hernani, montrer les rapports de force, le schéma actantiel, et tout autant de choses intéressantes à étudier, sans doute : mais il s’agit de lire. Et pour lire Hernani, la meilleure chose à faire est encore de se laisser porter par l’alexandrin, par la puissance des scènes, par la noblesse des sentiments.

Il faut lire Hernani comme on tombe amoureux : c’est-à-dire qu’il faut moins lire que ressentir, il faut abolir la distance
temporelle pour en ressortir la substantifique moelle.

A lire : surtout pas dans un fauteuil.
On retient : la magnifique scène du balcon, acte V scène 3.

Maximilien Herveau

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