Des Anges et des Bergers… la tradition des chants de Noël !

Chrétiens ou profanes, célèbres entre tous, traditionnels ou contemporains, chantés en famille, à l’église, sur scène… à l’occasion des fêtes de fin d’année, les chants de Noël viennent du fond des âges et seront encore chantés demain. Suivant la tradition chrétienne, les Anges chantaient déjà au dessus de la crèche et du berceau de l’Enfant Jésus : « Gloria, Gloria… »

Les chants de Noël, souvent simplement appelés noëls (sans majuscule), sont avant tout des chants d’origine populaires, par le texte, par la mélodie…Cette tradition se retrouve dans tous les pays de culture chrétienne. Historiquement, les premiers noëls étaient des chants joyeux, évoquant la Nativité. Ce pouvaient aussi bien être des chants rythmés ou des danses ! D’ailleurs, l’expression anglaise Christmas carol (chant de Noël) vient du vieux français « caroler », qui signifie danser, faire une ronde. Sacrés (cantiques) ou profanes, ils décrivent parfois la naissance de Jésus sous des aspects pittoresques et candides… Transmis oralement, de génération en génération, d’évangélisateurs, ils sont devenus héritage religieux et culturel.

 

Faute d’écrits, notamment d’imprimés, les chants antérieurs au Moyen-Age sont méconnus, de même peu de chants médiévaux nous sont parvenus. Par ailleurs, si la transmission se fait oralement, la langue vulgaire n’est pas unifiée, ce qui limite leur circulation, alors même que la fête (religieuse) de Noël était plus populaire que de nos jours. Mais l’on sait que des « mystères de la Nativité » (sorte de théâtre populaire) sont joués sur les parvis et sont accompagnés de chants spécifiques. Ces scénettes évolueront vers les « pastorales », qui se concentrent sur l’annonce aux bergers et seront très populaires à la Cour de France (XVIIIe s.) et sont encore données dans certaines paroisses catholiques le soir de Noël. C’est par cette tradition, que nous sont parvenus de nombreux chants de Noël.

 

Le cantique Entre le bœuf et l’âne gris est le plus ancien chant de Noël français. Il remonte au début du XVIe siècle et est chanté encore aujourd’hui. En effet, la Renaissance voit se développer une profusion de noëls populaires, tant en français qu’en langues régionales et en patois, offrant de nombreuses opportunités à la verve poétique de nos ancêtres… De nombreux recueils de ces chants sont mentionnés, mais beaucoup semblent être des compositions anciennes rajeunies.

Le goût littéraire était souvent sans grande exigence et les auteurs se contentaient d’être simples, tombant parfois dans une naïveté triviale. Ainsi, l’abbé Artaud pourra écrire à ce sujet : « Ce cantique, d’un genre simple, familier et naïf, excitait un engouement d’autant plus vif qu’il répondait à un besoin général, et que le peuple voyait s’y refléter, dans sa langue maternelle, l’objet de ses croyances et la nature de son intelligence. Car les dialectes romans s’étant peu à peu transformés en idiomes provinciaux, le noël prit une physionomie analogue au caractère, aux usages, au tour d’esprit des habitants pour lesquels il était composé, se modifiant, toutefois, selon le mouvement des mœurs et la marche des idées, mais conservant au fond ce cachet de terroir qui constituait son individualité propre. » (Dictionnaire de plain-chant) Le XVIe siècle nous offrira des noëls patois, (les plus nombreux) et des noëls français. Les dialectes les plus riches en noëls sont le Languedocien, le Provençal, l’Auvergnat, le Limousin et le Poitevin, le Bourguignon, le Bisontin et le Breton.

Plus l’air était connu, plus simple le noël était à chanter !

À la Renaissance, comme au Moyen Age, ils sont moins faits pour être chantés à l’église que dans les veillées, en famille. Quelques-uns même se chantaient à la Cour, et, sous couvert de chanter la Nativité, se transformèrent parfois de cantique en ballade ou en joviale chanson ! Et tout s’y trouve : géographie, instruments de musique, ustensiles de ménage ou d’agriculture, événements nationaux, scènes de mœurs pastorales… mais où l’on aurait tort de n’y voir que du profane.
Il y avait donc à côté du noël religieux, le noël royal, le noël politique, le noël badin ou villageois… Ces chants, rappelons-le, ne se chantent pas dans les églises, mais aussi chez soi, au coin du feu, dans les assemblées villageoises, entre voisins et amis, auprès d’une table bien garnie.

Les coutumes traditionnelles, autour du 25 décembre, ont accru la popularité de ces chants. Ainsi, en Normandie ou en Bourgogne, les Hautbois de l’Avent, sorte de ménétriers, parcouraient les rues et les villages en jouant des couplets naïfs durant les quatre semaines de l’Avent. Dans le Limousin et le Poitou, on allumait la souche consacrée aux chants les plus gais. En Provence, les indigents eux-mêmes chantaient des noëls pour implorer la pitié au nom du Dieu qui naquit pauvre pour l’amour de tous. On jouait des pastorales commémoratives assorties de cantilènes plus ou moins dévotes.

 

En fait, presque tous les chants de Noël, que nous chantons encore aujourd’hui, utilisent des airs de chansons anciennes (voir très anciennes !), de sorte que les noëls du XVIIIe s., par exemple, sont très proches de ceux des XVe et XVIe s. Il y a peu de « nouveautés ». Il semble que les « faiseurs de noëls » se soient peu souciés de la provenance des airs. Les recueils de chansons transmettaient les poèmes et la tradition orale les airs… plus l’air était connu, plus simple le noël était à chanter ! Ainsi, aux XVIIe et XVIIIe s., il était fréquent de transformer chansons galantes, à boire ou autres en chant de Noël ! C’est le cas, par exemple, de Dans le silence de la nuit, qui ressemble à une berceuse mais tient sa musique d’une chanson bachique…

Dans le silence de la nuit // Dans ce monde, on aime le bruit,

[…]

L’enfant des enfants le plus beau // Mais moi qui n’aime que le vin, […]

Quant à Il est né le divin enfant, à l’origine, il s’agit tout bonnement d’un air de chasse ! Etc…

 

Si grâce aux harmonisations d’Ernest Gagnon (1887), nous pouvons encore chanter, comme nos parents et nos grands-parents, Les Anges dans nos campagnes ou Il est né le divin enfant. La tradition du chant de Noël est si bien ancrée dans nos cultures, que même les stars d’hier et d’aujourd’hui y vont de leur noël : Franck Sinatra, Mariah Carey, Johnny Hallyday, John Lennon, Renaud, Queen (Freddie Mercury)…

 

Parmi les auteurs et collecteurs français de chants de Noël les plus connus, nous retrouvons, de siècle en siècle, les noms de Nicolas Martin (XVIe s.), Nicolas Saboly XVIIe s.), Simon-Joseph Pellegrin (XVIIIe s.)… Il serait fastidieux de faire la (longue) liste des chants de Noël en français, mais voici quelques exemples parmi les incontournables :

Pour les cantiques, ils sont nombreux à avoir nos faveurs : Entre le bœuf et l’âne gris, Douce nuit, sainte nuit, Il est né le divin enfant, Les Anges dans nos campagnes, Minuit, chrétiens, Peuple fidèle (Adeste fideles)

Pour ce qui est des chants profanes, il y a ceux qui évoquent la nativité (D’où viens-tu bergère ?, Un flambeau, Jeannette, Isabelle, Trois anges sont venus ce soir…) et ceux sans référence à cette dernière… (Bonhomme Hiver, Mon beau sapin, Vive le vent…) La Provence et le Comté de Nice en comptent un certain nombre dont le fameux La Coupo Santo (La Coupe sainte) de Frédéric Mistral et qui n’est autre que l’hymne provençal !

Chaque région de France a ses traditions de chants de Noël, même Outre-Mer. Ainsi, dans les Antilles, les familles et les amis se réunissent pour un chanté Nwel. On y interprète des chants de Noël très rythmés. Ces derniers, pour l’essentiel venus d’Europe, ont été adaptés au goût local, dans les rythmes et parfois même dans les paroles.

Cette belle tradition du chant de Noël ne connait pas les frontières.

Cette belle tradition du chant de Noël ne connait pas les frontières. Au Canada (grâce à Ernest Gagnon, XIXe s.) on chante encore Les Anges dans nos campagnes (dont l’origine semble Lorraine)… Dans les pays anglo-saxons, les Christmas carols (What child is this ? (sur l’air de Greensleeves, composé dit-on par Henri VIII d’Angleterre, XVIe s.), We Wish You a Merry Christmas, Jingle Bells, Rudolph the Red-Nosed Reindeer…) sont à l’honneur, les heyes en Wallonie, les villancicos en Espagne, les koliadki sont chantés aux portes des maisons en Russie, les colinde en Roumanie, les kolęda en Pologne et les koleda en Bulgarie, en Italie on retrouve les canti Natalizi et les pastorali, en Allemagne ce sont les Weihnachtslieder (O Tannenbaum, Jesus bleibt meine Freude de JS Bach, Stille Nacht, heilige Nach…), aux Pays-Bas méridionaux (au xviie siècle.) des cantiones natalitiæ… et la liste ne s’arrête pas là !

En Angleterre, par exemple, ces noëls sont chantés, en petits groupes, de maison en maison, où ils sont récompensés par un peu d’argent, reversé à une œuvre de charité, des gâteaux ou des boissons chaudes. Dans le même esprit, dans les pays où elle est implantée, l’Armée du salut organise des collectes sur les trottoirs accompagnée de brass bands jouant des noëls.

At last but not least… les noëls du XXe s. poursuivent la tradition avec des raretés et des « tubes » : le Noël des enfants qui n’ont plus de maison (1916, Claude Debussy), Let It Snow! Let It Snow! Let It Snow! (1946, Frank Sinatra et beaucoup d’autres !), Petit Papa Noël (1946, Tino Rossi), All I Want for Christmas Is You (1994, Mariah Carey), Mon plus beau Noël (2005, Johnny Hallyday)…

 

Ainsi, des Anges aux Bergers… des voix s’élevèrent dans la nuit pour célébrer l’Enfant Dieu. Et aujourd’hui encore, la paix de Noël jette un voile de bonté et de beauté, durant quelques jours, quelques semaines, sur le monde et sa dureté.

 

 

Alice de Charnay

 

Pratique :

 

Pour se faire plaisir… séquence nostalgie avec :

Entre le bœuf et l’âne gris par l’Ecole Maîtrisienne Régionale de Bourgogne : https://www.youtube.com/watch?v=z7KYI0-B5jM

Les Anges dans nos campagnes par les Petits Chanteurs à la Croix de Bois : https://www.youtube.com/watch?v=FTc_jdmJ1BY

Petit Papa Noël par Tino Rossi : https://www.youtube.com/watch?v=rR5NyGhKQkc

 

 

Et quelques concerts de Noël :

 

Concerts de l’Avent & de Noël

Chaque samedi de décembre – 18H30 (sauf le 08/12), cathédrale Notre-Dame de la Treille, Lille

(Entrée libre)

https://lille.catholique.fr

 

Messe de Minuit de Charpentier, Yves Castagnet, orgue

Mardi 18 décembre – 20h30, Cathédrale Notre Dame de Paris

Maîtrise Notre-Dame de Paris (Henri Chalet et Emilie Fleury, chefs de chœur) et Orchestre du Conservatoire de Paris, département de musique ancienne

Christophe Rousset et Henri Chalet, direction

Coproduction Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris / Conservatoire de Paris

 

Noëls du monde, Chœur d’enfants de l’Opéra de Nice

Mercredi 19 décembre – 20h, Eglise des Dominicains, Nice

Philippe Négrel, direction

(gratuit)

www.opera-nice.org

 

Noëls en-chantant, Maîtrise et Pré-Maîtrise de la Cathédrale

Samedi 22 décembre – 15h, Chapelle de l’Immaculée, Nantes

(Entrée libre dans la limite des places disponibles)

www.musiquesacree-nantes.fr

 

Splendeur de Noël à la Chapelle des Papes d’Avignon, ensemble Diabolus in Musica

Samedi 22 décembre 2018 – 18h, Collégiale Saint Julien, Tournon-sur-Rhône (07)

 

Concert de Noël – Noëls du monde

Dimanche 23 décembre – 16 h, Eglise Saint-Symphorien-Les Carmes, Avignon

Chœur de chambre Asmara, Maîtrise des Bouches du Rhône, Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon (Florence Goyon-Pogemberg, direction)

Ensemble instrumental, Samuel Coquard, direction

En co-réalisation avec l’Opéra Grand Avignon

www.musique-sacree-en-avignon.org

 

Concert de Noël, Maîtrise de l’Opéra de Lyon

Dimanche 23 décembre – 16h, Eglise Saint Bonaventure, Lyon

Karine Locatelli, direction

www.opera-lyon.com

 

Noël jazz avec le Chœur, chœur, Salvatore Caputo / Martine Marcuz et invités

Jeudi 27 et vendredi 28 décembre, 12h30, Grand Théâtre de Bordeaux

www.opera-bordeaux.com

 

 

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