Rillettes et paillettes

 
Les malheurs et les comtesses font bon ménage dans notre littérature, nul besoin de descendre à la station Ségur pour s’en convaincre.
 
 
La douce Sophie fait ici place à l’imposante Ginette, aux formes généreuses et au cœur d’or, tendance artichaut cependant. Celle-ci abandonne sa province, fuit son Herbert d’époux, « au chicot dévoré par la bactérie » quand le  viscère l’est par la vinasse, lequel, hachoir en main, est l’archétype du bouché à l’émeri, se rêve un avenir qui accouche de la Dame-pipi « la plus hype des nuits parisiennes ». Place aux détraqués de l’entrecuisse, aux queutards compulsifs. Ginette est décidément née sous le signe des viandes à attendrir. Son caractère à l’emporte-pièce et sa passion de la littérature, « toujours un bouquin coincé entre le cousin et l’accoudoir » alors, qu’au lointain, résonnent les trompettes de Jéricho, la garantissent contre tout.
Le grand amour s’annonce enfin, il est jeune, taillé Apollon, a priori inaccessible pour un mastodonte des cuvettes dont nul ne pouvait « faire le tour ». Ginette prend son courage à deux mains et ses bourrelets à quatre, bien décidée à sauver le gamin du pire, complotant même son retour au bercail argenté.
 
Les Malheurs de Ginette (Editions Glyphe) s’emballent forcément. Suivent quelques scènes d’anthologie qui auraient fait rugir de plaisir Alphonse Boudard et Albert Simonin, où le style pétillant de la Comtesse Anne Batté, née d’étable, avec sa touche froufroutante, éclabousse tous azimuts. Le général Lepic, héros de la bataille d’ Eylau, le claironnait volontiers : « Haut les têtes, la mitraille, c’est pas de le merde ! » alors qu’est-ce que quelques pruneaux pour conquérir l’être aimé ? Le grand amour vaut bien deux trous de balle. 
 
François Jonquères
 
 
Comtesse Anne Batté, Les Malheurs de Ginette,Ed. Glyphe

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