À l’heure où des abattages massifs d’animaux sont imposés sans justification scientifique démontrée — pratique contestée partout dans le monde et de plus en plus dénoncée par les vétérinaires de terrain — la France s’engage, dans le même temps, dans une ouverture commerciale majeure avec les pays du Mercosur. Ce choix, présenté comme stratégique et dicté par les orientations européennes, prépare l’importation de viandes produites à des milliers de kilomètres, selon des normes sanitaires, environnementales et éthiques radicalement éloignées de celles exigées aux éleveurs français. Cette contradiction flagrante, à la fois anti-écologique et destructrice pour l’élevage local, éclaire d’un jour cru le rôle joué par les Ordres professionnels de santé : non plus garants du soin et de la science, mais relais disciplinaires d’une décision politique imposée, au mépris des faits, du vivant et de la souveraineté sanitaire et finalement alimentaire.
L’histoire des Ordres professionnels de santé, loin de se réduire à un récit de régulation éthique et de protection du public, révèle une généalogie profondément marquée par les régimes autoritaires du XXᵉ siècle. Cette origine éclaire, encore aujourd’hui, des pratiques institutionnelles fondées sur l’imposition d’une doxa officielle, la répression de la dissidence scientifique et, paradoxalement, la négation du soin au nom de l’ordre.
Des racines fascistes assumées
Bien avant la France de Vichy, l’Italie de Mussolini avait déjà mis en place des structures ordinales destinées à placer la médecine sous la tutelle directe de l’État fasciste. L’objectif n’était pas la protection des patients, mais la mise au pas des praticiens, la normalisation des discours médicaux et l’alignement de la science sur l’idéologie du pouvoir. La médecine devenait alors un instrument politique, et le médecin un exécutant.
Cette conception corporatiste et autoritaire sera reprise par plusieurs régimes européens dans l’entre-deux-guerres.
L’Ordre des médecins sous Vichy : une institution de contrôle et d’exclusion
En France, l’Ordre des médecins est créé en 1940 par le gouvernement de Vichy. Il s’inscrit pleinement dans la logique de l’État français : hiérarchisation des professions, soumission au pouvoir politique et exclusion systématique de confrères jugés « indésirables ». Cette période est marquée par une discrimination confraternelle indigne, notamment envers les médecins juifs, exclus de l’exercice avec la collaboration active de l’institution ordinale.
Loin de défendre l’indépendance médicale, l’Ordre participe à une entreprise de normalisation idéologique, rompant avec les fondements humanistes de la médecine.
Dissolution, puis refondation ambiguë (1944–1947)
À la Libération, l’Ordre est dissous en 1944, tant il apparaît compromis avec le régime déchu. Toutefois, dès 1945, il est recréé par ordonnance. Cette recréation, présentée comme une refondation républicaine, conserve en réalité la structure ordinale et disciplinaire héritée du modèle corporatiste.
Le premier Code de déontologie, publié en 1947 et dédié aux médecins victimes de la guerre de 1940-1945, tente de refermer symboliquement la blessure. Mais cette dédicace, aussi solennelle soit-elle, ne suffit pas à effacer les mécanismes de pouvoir internes qui demeurent largement inchangés : hiérarchie, opacité, discipline, et primauté de la doctrine officielle sur l’expérience clinique.
Une continuité de pratiques : de la médecine humaine à la médecine vétérinaire
L’Ordre des vétérinaires, souvent moins interrogé, fonctionne selon des principes analogues. Dans certaines crises sanitaires récentes, notamment lors de la période Covid, ces Ordres ont imposé une orthodoxie rigide, parfois en contradiction avec des données cliniques ou des savoirs empiriques établis.
La logique est la même : ne pas soigner lorsque le soin contredit la ligne officielle, disqualifier toute approche divergente, et sanctionner les praticiens qui persistent à traiter des maladies pourtant reconnues comme soignables — qu’il s’agisse de pathologies humaines ou de dermatoses bovines.
Cette attitude ne relève plus de la prudence scientifique, mais d’une gestion autoritaire du savoir médical, où la vérité n’est plus débattue mais décrétée.
Une institution au service du pouvoir plutôt que du soin
Ainsi, l’histoire permet de comprendre le fonctionnement actuel de ces Ordres : manipulation des faits, disqualification des praticiens dissidents, alignement sur les intérêts du pouvoir politique ou administratif. Ce mode opératoire, hérité de leurs origines fascistes et vichystes, explique la difficulté chronique de ces institutions à tolérer la pluralité scientifique et la liberté thérapeutique.
Lorsque l’Ordre cesse de protéger le soin pour protéger une doctrine, il cesse d’être une institution éthique et devient un organe disciplinaire.
Pour conclure, et un peu d’humour en image
Loin d’être de simples régulateurs professionnels, les Ordres de santé portent une histoire lourde, marquée par la soumission au pouvoir autoritaire. Comprendre leur origine — de l’Italie fasciste à la France de Vichy — permet d’éclairer leurs dérives contemporaines. La vigilance critique s’impose, car une médecine privée de liberté scientifique et clinique n’est plus une médecine de soin, mais une médecine d’obéissance.


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