Le tourisme de luxe résiste à la crise

/><b><span/Depuis que l’homme est sur terre, il a toujours été animé par deux passions :
–    la séduction dont les meilleurs atouts sont les ornements, les parures, les bijoux, qui sont sans doute antérieurs aux vêtements
–    la distraction par l’évasion, c’est-à-dire souvent les voyages ou la gastronomie, etc.
C’est à partir de ces désirs ou de cette pulsion qu’est né le tourisme, invention plus récente que les autres chemins du luxe.

Dans mes livres sur la question et notamment les trois principaux, j’ai ordonné les différentes catégories du luxe en attachant leur importance respective par le chiffre d’affaire mondial et français .

Comme on le voit dans le tableau (ci-dessous), le tourisme arrive en bonne position. Mais il va de soi que ce chiffre est lui-même sujet à discussion. Tout dépend en effet de ce que l’on nomme ‘’tourisme de luxe’’. Cette classification ne prend en compte que les chambres au dessus d’un certain prix, plus de 500 euros par nuit et les hôtels 5 étoiles. De la même manière pour la haute gastronomie, il n’a été retenu que les restaurants étoilés.

Or, il est toujours délicat quand on traite du luxe de se référer à l’argent. Il peut exister des activités touristiques ‘’luxueuses’’ pour certains, qui n’impliquent pas des coûts élevés et peuvent apporter des satisfactions aussi grandes qu’un séjour dans un palace. Cela va sans doute d’ailleurs être un des bienfaits à la crise : la redécouverte de certaines joies plus abordables en terme financier pouvant procurer autant de satisfactions que celles d’un extrême confort ou d’un décor sublime. Nous allons peut-être ainsi assister à un retour à la définition historique du tourisme ‘’luxueux’’.

L’histoire nous enseigne en effet qu’il avait un tout autre sens qu’aujourd’hui. Le tourisme était luxueux car source d’enrichissement pour l’esprit et le cœur du voyageur. Il élargissait la connaissance, favorisait les échanges et les rencontres. Ainsi à la charnière du Moyen Age et de la Renaissance par exemple, aux XVe et XVIe siècle, les étudiants faisaient des séjours studieux dans les grandes villes européennes pour parfaire leur culture et leur enseignement. Il était courant pour un français de passer plusieurs mois en Allemagne, en Italie, voire en Espagne ou en Angleterre. Montaigne parle souvent de son voyage en Italie qu’il a considéré comme une des grandes expériences de sa vie. Il en fut de même pour Stendhal avec son voyage en Italie dont il a rapporté un journal fort intéressant. « Lisser sa cervelle à celle d’autrui » était considéré par Montaigne comme le sommet de l’art et de l’intelligence. N’oublions pas, d’ailleurs, qu’à l’origine, l’hébergement était assuré, par ce que l’on appelait des caravansérails, c’est-à-dire des lieux d’accueil pour les voyageurs et les commerçants, notamment dans ces deux routes légendaires qui ont fondé les itinéraires de luxe et que furent les routes de la soie, et celles des épices.

Parallèlement, coïncidant avec les pèlerinages ou plus simplement dans un souci de protection, d’accueil, voire d’enseignement, les abbayes avaient une activité d’hébergement indéniablement liée au tourisme. Car le besoin de voyager n’était pas seulement un souhait d’évasion, mais plutôt un désir de culture ou de formation.
Comme beaucoup d’activités de luxe, le tourisme luxueux s’est un peu perverti en oubliant ses origines culturelles et humanistes lorsqu’il s’est ouvert presque exclusivement aux personnes riches qui n’ont pas forcément le goût et les exigences appropriés à cette définition première de partage et de découverte.

Inspirés par cette définition passée qui ne met pas l’argent au cœur de la problématique du tourisme, nous pouvons déterminer différentes formes de villégiatures qui peuvent dès lors revendiquer le terme de ‘’luxueux’’. Voilà pourquoi, il faut distinguer ainsi le tourisme des jeunes, le tourisme des seniors, le tourisme d’affaires, le tourisme spécialisé (découverte et aventure, sportif et gastronomique), le tourisme santé et thalasso, et les séjours privés dans des lieux mythiques.

Tourisme des jeunes
Le tourisme des jeunes est un nouveau créneau que des collections de livres et des revues, comme le ‘’petit futé’’, ont contribué à vulgariser et à simplifier. Par rapport à la clientèle auquel il s’adresse, en général peu fortunée, il constitue une forme de luxe surtout s’il s’accompagne de découvertes et de plaisirs authentiques et se rapproche de la définition de partage et de découverte, explicitée plus haut.

Tourisme des seniors
Mais si les voyages forment la jeunesse, ils forment aussi les moins jeunes. Ainsi à  l’autre extrémité, il y a le tourisme des seniors, phénomène encore plus récent. Lorsqu’on sait qu’il y a en l’Amérique du Nord et en Europe, une capacité de 140 millions de seniors disposant de temps et souvent d’argent pour voyager, il est évident que beaucoup d’organisateurs de voyages ou d’hôtels se sont spécialisés dans ce créneau où ils ont pleinement réussi. L’augmentation du prix du pétrole avait fait craindre un ralentissement pour l’achat des billets d’avion. La baisse récente a atténué ces craintes. J’ai parlé dans un livre à paraître au printemps , du phénomène du tourisme des seniors auquel j’ai consacré un chapitre.

Le tourisme spécialisé
Il s’agit d’un tourisme très particulier et nouveau qui est souvent abordable pour une clientèle plus modeste. C’est ce qu’on pourrait qualifier de tourisme à thême autour de découvertes, d’aventures (par exemple 4×4 dans les dunes), sportif ou gastronomique. Un certain nombre d’agences se sont spécialisées dans ce genre de tourisme qui va véritablement constituer la nouvelle frontière du tourisme car particulièrement adapté aux besoins et aux désirs d’une clientèle ayant des goûts ciblés et sélectifs.

Tourisme, santé et thalasso
On connaît la grande mode et l’engouement pour les thalassos qui se sont développées et qui constituent maintenant, dans un certain nombre de palaces du monde, le complément indispensable de toute installation luxueuse. Le plus souvent, ces havres destinés au bien être et à la santé sont créés en partenariat avec de grandes marques prestigieuses de cosmétiques.
Là encore des indications sont données, qui permettent de se repérer dans les arcanes d’un monde en pleine expansion, mais où le sérieux et notamment le contrôle médical est totalement indépendant y compris, à côté de la thalassothérapie, pour la vinothérapie.

Le tourisme d’affaires
Le tourisme d’affaires est lui-même un créneau très particulier dans la mesure où un certain nombre de dirigeants profitent de leur déplacement professionnel pour prolonger à leur frais en général, s’ils sont honnêtes, leur séjour dans des lieux privilégiés qui leur permettent de se détendre et de mettre à distance le stress de leurs réunions et de leurs décisions.
Se pose également le problème de leurs épouses accompagnatrices pour lesquelles un certain nombre d’organismes ou d’agences nouvelles dites de conciergerie qui sont devenus très à la mode et fonctionnent particulièrement bien, proposent des compléments de voyages avec des visites privilégiées chez les grands couturiers, dans les grands magasins ou dans des club de thalasso.

Les séjours privés dans des lieux mythiques
J’ai la chance d’avoir des amis qui m’invitent chez eux dans des endroits mythiques. Ils restent pour moi des sommets d’enchantement. Ces lieux sont universellement connus, qu’ils s’agissent de propriétés ou de châteaux dans les campagnes françaises, anglaises, italiennes ou espagnoles, de palais à Marrakech, de villas palladiennes en Italie ou de résidences somptueuses dans des lieux cultes comme Goa, Kyoto, Phuket, Rio de Janeiro ou en Casamance et notamment Cap Skirring (qui sera à l’horizon 2015 un des nouveaux hauts  lieux de la planète).

Le tourisme luxueux, n’est finalement pas tant une question d’argent. Les notions de découvertes, de partage, de rencontres sont autant essentielles que le prix que l’on débourse pour ces séjours. Le luxe du voyage est non seulement affaire de beauté, d’ordre, de calme  comme l’écrivait Baudelaire, mais aussi d’amitié et de sensibilité.

Les douze secteurs du luxe

France en milliards d’euros

Monde en milliards d’euros

% du monde

Effectif mondial(4)

Arts de la table

0,7

5 (1)

1,7

35 000

Automobiles de luxe (dont yatchs et avions privés)

1,0

14 (3)

4,7

98 000

Cosmétiques et parfums

16,3

40 (1)

13,3

280 000

Couture

18,3

55 (1)

18,3

385 000

Gastronomie

2,6

6 (3)

2,0

42 000

Haute fidélité

0,8

4

1,3

28 000

Sports de luxe

0,6

3

1,0

21 000

Vins et spiritueux

40,0

80 (2)

26,7

560 000

Horlogerie et joaillerie

10,0

40 (1 & 2)

13,3

280 000

Œuvres d’art

2,0

5 (3)

1,7

35 000

Maroquinerie, bagages et accessoires

12,7

35 (1)

11,7

245 000

Tourisme et loisirs

5,0

13 (3)

4,3

91 000

Total

110,0

300

100,0

2 100 000

(1)    source Bain & Company, Merrill Lynch, Capgemini
(2)    source Michel CHEVALIER et Gérard MAZZALO, Luxury Brand Management, Wiley and son, 2008
(3)    source Jean CASTAREDE – Que sais-je ? page 62 (2007, 4e édition) et Eyrolles : Le luxe français des origines à nos jours. 2006
(4)    1 million d’euros est l’équivalent de 7 personnes.

À propos de l'auteur : Jean Castarède 22 Articles
un homme aux multiples facettes : ancien directeur de l’Administration générale au ministère de la Culture et de la Communication de 1974 à 1980, il siège parallèlement aux conseils d’administration de l’INA, de l’Opéra de paris et du Festival de Cannes. Par la suite il dirige l’ESSEC (1986-88), puis prend la présidence de COMMINOVE, un organisme de « capital risk » (1988-91). C’est à ce moment là qu’il est nommé président de l’Institut supérieur de marketing du luxe, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui. De 1992 à 1995 il est nommé président-directeur général de Distribution de Monnaie de Paris Internationale, société d’Etat qui distribue dans le monde et notamment au japon des articles de la Monnaie de Paris. En 2001, il devient président de l’Armagnac Castarède. Jean Castarède est également membre du collège des Conseillers de l’Académie du luxe. Publications : « Que sais-je » consacré au luxe (1992 réédition en 2003), « La Littérature française en question » en 2004, une « Histoire du luxe en France des origines à nos jours » en 2006. Jean-Castarède a publié plus d’une vingtaine de livres et est spécialiste de l’histoire et de la Renaissance. Il a également écrit une pièce en alexandrins sur la Reine Margot qui a été jouée en province. Il a composé plusieurs intermèdes musicaux : Madame Hanska, Aliénor d’Aquitaine, si Pauline Bonaparte m’était contée, Gabrielle d’Estrées, les Trois Mousquetaires. Il est l’auteur d’un intermède avec Brigitte Fossey sur Jean de La Fontaine. Il vient de terminer l’Histoire du Luxe et des civilisations, qui va paraître en octobre aux Editions Eyrolles.

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