Fashioning fashion : deux siècles de mode européenne 1700-1915

/La belle exposition Fashioning fashion, Deux siècles de mode européenne, 1700-1915, aux Arts Décoratifs, à la fois chronologique et thématique, reflète les principaux mouvements de mode en Europe du XVIIIe à l’aube du XXe siècle grâce à la présentation d’une centaine de silhouettes féminines et masculines.

La mode souvent exprime des courants sociaux, ethnologiques qui se modifient ou se créent au fil du temps. Il en est de même des tissus, et des lignes du corps qui suivent cette évolution. Dans un jeu de miroirs, l’exposition met en avant les modes à travers l’histoire de l’Europe.

L’éternelle fascination pour l’Orient

L’orient et notamment son côté exotique attire. Les échanges entre occident et orient font rêver à une époque où voyager demeure rare et compliqué. Les vêtements se parent de chinoiseries, turqueries ou toiles venues d’Inde. Le tissu évolue et aux riches soieries s’oppose l’apparente simplicité des robes en mousseline blanche. Provenant d’Inde, le coton révèle l’attrait de l’ailleurs. Les châles cachemire rapportés de la campagne Égypte font aussi partie de ces détails de mode venus du bout du monde. Cette séduction pour l’Orient perdure jusqu’au début du XXe s, notamment grâce aux tenues d’intérieur : le temps est au japonisme. Le kimono un peu modifié pour le confort occidental fait face à une robe de chambre taillée et brodée en extrême orient pour le marché européen. Enfin au début du XXe siècle, Paul Poiret séduit par les ballets russes de Serge Diaghilev et crée tout un univers oriental. Il organise même un bal persan « la mille et deuxième nuit » pour lequel sa femme Denise va compléter sa tenue d’un turban et d’une  aigrette…Cette ligne avec tuniques, et même pantalon de harem symbolise l’éternelle fascination pour l’Orient.

Les influences de l’histoire, de la politique et des pratiques commerciales

Les événements historiques et politiques laissent également des empreintes : la Révolution et un gilet brodé de messages, Napoléon et le luxe ostentatoire d’une robe à traîne ; le Second Empire et ses robes à crinoline…La nuance est marquée aussi entre la solennité des vêtements français et l’influence des anglais et de leur élégante simplicité : c’est la différence entre la somptueuse robe à la française avec baleines et paniers, et une robe à l’anglaise plus courte et confortable. Les accessoires tels que éventails, mantilles ou bottes cuissardes de fétichistes complètent, selon les goûts de chacun, ces créations.
Des nouvelles pratiques apparaissent : par exemple certains sports comme le tennis ou les bains de mer et leurs tenues adaptées.
La tenue masculine se transforme surtout au passage du XVIII au XIX mais se métamorphose peu par la suite. Le XVIIIe voit notamment apparaître les excentriques « Incroyables et Merveilleuses » en réaction à la sombre tristesse que la Terreur avait répandu, tandis que le dandysme naît au XIXe : le pionnier en est le britannique George Brummel à l’origine du costume moderne.

/Les modèles XVIII et les transformations du XIXe

Le XVIIIe siècle  fascine encore aujourd’hui. Cette société a poussé l’artifice à son paroxysme grâce  au raffinement et à la sophistication. Ce siècle balance entre le costume de cour et la fantaisie des modes nouvelles, entre soumission à l’étiquette et désir d’affranchissement. L’exposition montre tout au long de son parcours des planches de mode. La presse de mode illustrée naît au XVIIIe. La femme y montre une silhouette artificielle, remodelée par le panier et le corps à baleine. Le XVIIIe siècle et ses robes flottantes, ses jupes volumineuses, ses volants et falbalas, ses silhouettes de petit marquis en costume trois pièces n’ont cessé d’inspirer la couture.
Dès le XIXe siècle, la mode ne cesse de se référer au XVIIIe siècle tant dans le costume féminin que dans les textiles et accessoires. C’est essentiellement au cours du XIXe siècle que le corps féminin subit le plus de remaniements successifs : la tournure remplace la crinoline. Les drapés, glands et franges de passementerie viennent orner ces nouveaux profils. La tenue masculine voit certains éléments se transformer comme le veston dont l’usage se fait plus fréquent ainsi que  le complet.

Charles Frederick Worth est considéré comme l’inventeur de la haute couture, Paul Poiret  se distingue tant par ses créations inspirées par l’Orient que par son désir de repenser l’habit féminin. D’autres couturiers, comme Madeleine Vionnet ou Jacques Doucet, influencent à leur tour la mode de leur temps et ouvrent la voie aux grands couturiers d’aujourd’hui.

Ysabelle Jolly-Gojon


Fashioning fashion
, Deux siècles de mode européenne, 1700-1915
Jusqu’au 14 avril
Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli

75001 Paris
Tél. : 01 44 55 57 50
www.lesartsdecoratifs.fr

Photos : 1-Robe et châle, gaze de coton brodé, 1820
crédits 2010 Museum Associates/LACMA

2-Paire de cuissardes, Europe vers 1900, cuir
crédits: Museum Associates/LACMA

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