Trésors du Saint Sépulcre, mémoire de l’Occident

/Notre collaborateur Jacques Charles-Gaffiot est le maître d’œuvre de l’époustouflante exposition sur le Trésor du Saint Sépulcre. Au terme de plusieurs années de travail, la Terre-Sainte et ses trésors liturgiques ont élu domicile au Château de Versailles pour quatre mois d’exposition exceptionnelle.
Des objets aussi saisissants que l’épée, les étriers de Godefroy de Bouillon, un calice offert par Louis XIVou une relique de la Sainte Croix, qui témoignent de la diversité et la somptuosité du Trésor du Saint-Sépulcre constitué d’œuvres d’art destinées à rehausser la splendeur de la basilique du Saint-Sépulcre, ainsi que de celles de Bethléem, puis de Nazareth.
Un témoignage vivant des enjeux historiques qui animaient les nations catholiques d’Europe : l’Espagne, la France, le Portugal, le royaume des Deux-Siciles, le Saint-Empire germanique et les républiques de Gênes et de Venise rivalisaientde munificence pour offrir à la Custodie de somptueux présents destinés autant à la célébration du sanctuaire et à la célébration du culte qu’à l’affirmation de leur rôle de protecteurs envers les lieux saints.

Trésor du Saint-Sépulcre est l’évènement de l’année 2013 !

Après plusieurs années de négociations pour obtenir l’autorisation des Frères Franciscains, gardiens du Trésor du Saint-Sépulcre au sein de la « Custodie de Terre Sainte » Jacques Charles-Gaffiot a su convaincre le Domaine de Versailles et le Conseil Général des Hauts de Seine de monter cet évènement d’envergure.
La protection de ces objets, tapisseries, ouvrages précieux, vêtements liturgiques, argenterie, œuvres picturales, etc., en Palestine, lieu de tant de conflits, constitue un miracle en soi. L’Eglise du Saint-Sépulcre, érigée au IVème siècle, subit mille avanies : feux, tremblements de terre, destruction en 64 par un général perse et ensuite en 1009 par le calife fatimide, attaques régulières pendant la période musulmane, etc. Jusqu’à François d’Assise qui vint à la rencontre du calife Al-Kamil pour l’engager à reconnaître le ben fondé de la présence chrétienne. En 1342, les franciscains furent alors choisi par le Pape pour représenter l’Église en Terre Sainte.
Pendant toutes années, entre conflits, taxes des administrateurs turcs, et vexations et haines musulmanes, agressions par les Orthodoxes la nuit des Rameaux de l’an 1757, ils gardèrent ce trésor liturgique malgré tout; un trésor enrichi par des dons de toutes les cours européennes.C’est l’histoire de l’Occident qui se dessine à travers l’exposition de ces objets aussi somptueux que touchants.

Quand on demande au frère Stéphane quel est le rôle de « gardien du trésor », il répond que le trésor, ce sont les chrétiens d’Orient, véritables veilleurs du message du Christ depuis près de deux mille ans.
La présence des Franciscains est loin d’être passive : ils se partagent le service avec les Frères Blancs auprès des écoles, dispensaires, orphelinats, hôpitaux, et s’occupent de milliers d’enfants et de familles en situation de souffrance ou de précarité.

Notre collaborateur Jacques Charles-Gaffiot, érudit et fin connaisseur de l’art religieux, couve ce projet depuis près de vingt ans. Organisateur d’expositions a-typique et indépendant, il a œuvré aussi bien à la Mairie du Vème arrondissement de Paris qu’à la Maison de Chateaubriand ou à Versailles où Jean-Jacques Aillagon et Béatrix Saule, conservateur du musée, lui ont ouvert les portes donnant naissance entre autres, à la superbe exposition sur les Trônes.
Son talent et ses connaissances lui permirent de sortir du Vatican, ou de monastères vénitiens et aujourd’hui de Jérusalem, des objets que nul autre que lui n’aurait été capable de faire venir en France. A son palmarès, citons une exposition consacrée à la Jérusalem des trois grandes religions dites (à tort d’ailleurs) du livre pour laquelle il parvint à faire venir l’épée de Godefroy de Bouillon, ou encore en 2006 où il obtint le calice de Louis XIV afin d’évoquer le voyage en Orient de Chateaubriand.
Cette somptueuse exposition du Trésor du Saint-Sépulcre remonte, quant à elle, à 1990, lors d’un dîner à Rome avec Alvar Gonzales-Palacio lorsque ce dernier évoque la lecture dans les archives d’une supplique d’un frère franciscain au roi Charles VII de Bourbon, évoquant les présents à la Ville Sainte.
Et au bout de ce long parcours d’études, de diplomatie et d’exercice muséal, voici l’éblouissante exposition « Trésor du Saint Sépulcre ».

Deux lieux se partagent ce trésor de l’humanité : la Maison de Chateaubriand à Chatenay-Malabry et les salles des Croisades au Château de Versailles.

Maison de Chateaubriand : première étape picturale

Le Conseil Général des Hauts de Seine a choisi la Maison de Chateaubriand pour exposer neuf des peintures les plus précieuses de la collection appartenant à la Custodie.
Chateaubriand rêvait de reconstruire la basiliquen ravagée par les flammes en 1808, deux ans jour pour jour après sa visite.
Ainsi, décrit-il l’église du Saint-Sépulcre, où « règne une obscurité favorable à la piété et au recueillement de l’âme. Les prêtres chrétiens des différentes églises habitent les différentes
parties de l’édifice. Du haut des arcades, où ils se sont nichés comme des colombes, du fond des chapelles et des souterrains, ils font entendre leurs cantiques à toutes les heures du jour et de la nuit ; l’orgue du Religieux latin, les cymbales du prêtre abyssin, la voix du caloyer grec, la prière du Solitaire arménien, l’espèce de plainte du moine copte, frappent tour à tour ou tout à la fois votre oreille.
Vous ne savez d’où partent ces concerts ; vous respirez l’odeur de l’encens, sans apercevoir la main qui le brûle ; seulement vous voyez passer, s’enfoncer derrière les colonnes, se perdre dans l’ombre du temple, le pontife qui va célébrer les plus redoutables mystères aux lieux mêmes où ils se sont accomplis ».

Après avoir aidé à leur restauration, le Conseil Général des Hauts de Seine accueille sept toiles du peintre napolitain Francesco di Mura, consacrées à la vie et à la Passion du Christ dans les salles de la Maison de Chateaubriand. A ces tableaux viennent s’ajouter deux magnifiques oeuvres anonymes d’artistes caravagesques napolitains du XVIème siècle, représentant La Décollation de Saint Jean-Baptiste et L’Adoration des Bergers.

Château de Versailles : un parcours éblouissant dans les salles des Croisades

/Rendons hommage à la muséographie inventive et respectueuse des objets exposés dans les salles des Croisades, nouvellement restaurées.
L’ensemble des pièces du trésor liturgique se déploie à travers une demi douzaine de salles à la mise en scène intelligente et talentueuse, mettant en valeur de prodigieuses pièces d’orfèvrerie et de paramentique.

Aux salles témoignant de huit siècles de présence franciscaine depuis 1217, avec la visite à deux reprises de Saint François d’Assise lui-même, font suite les salles dédiées aux royaumes ayant marqué leur pouvoir, leur dévotion et leur protection en offrant ces objets.

Si les premiers présents datent du XIIème siècle, les pièces présentées sont du XIVème siècle pour les plus anciennes. Avec ceux de Bethléem, de Nazareth, d’Aïn Karem ou de Ramleh, ils proviennent de l’Église du Saint-Sépulcre dont l’incendie fut fatal à des tapisseries, des chandeliers, des lampes que les Franciscains de la Custodie de Terre sainte avaient reçus comme autant de présents destinés aux Lieux saints.
Heureusement, de nombreuses pièces ont échappé aux flammes et on peut découvrir ces objets sacrés qui servent toujours lors des offices. Ils rappellent la dévotion de ceux qui les offrirent et plus encore, leur fonction première : mettre le beau au service de Dieu et constituer un émerveillement pour tous.

Des objets prodigieux qui permettent de découvrir notre patrimoine européen sous un jour religieux, artistique et historique.

Cette exposition porte déjà ses fruits car elle a sans doute suscité une dynamique et prépare l’inauguration par la Custodie de Terre Sainte de son propre musée, prévue pour 2015, et d’une Fondation à laquelle les dons peuvent être adressés.

Pratique :

Château de Versailles – Domaine national de Versailles
Salles des Croisades
Trésor du Saint-Sépulcre

Du mardi 16 avril 2013 au dimanche 14 juillet 2013 de 09:00 à 18:30.

Tarifs d’entrée :
– Plein tarif : 15 €
– Tarif réduit : 13 €
Tél : 01 30 83 78 00.
www.chateauversailles.fr

Maison de Chateaubriand
87 rue de Chateaubriand
92290 Châtenay-Malabry
Tél : 0155521300
www.maisondechateaubriand.hauts-de-seine.net

Tarifs d’entrée :
– Plein tarif : 4 € et 6 € la visite guidée
– Tarif réduit : 2, 50 € et 4, 50 €.

Catalogue : Trésor du St Sépulcre, Silvana Editoriale, 432 pp., 39€.

Franciscains de Terre Sainte – Commissariat de Terre Sainte
www.terresainte.fr

Photos :

Parvis du Saint Sépulcre, Jérusalem
© Custodie de Terre Sainte, M.-A. Beaulieu

Épée dite de « Godefroy de Bouillon »
XV-XVIe siècle
Fer, fonte de fer, ivoire, vestiges de dorure., Longueur : 100cm.
Jérusalem, Custodie de Terre Sainte
© Custodie de Terre Sainte, M.-A. Beaulieu
Cette pièce offre l’aspect d’une arme médiévale, en bon état de conservation , présentant une longue lame montée sur une garde traçant un schéma cruciforme qui associe au pommeau, la poignée et des quillons horizontaux infléchis en leur extrémités sur lesquels subsistent des traces de dorure.

À propos de l'auteur : Salsa Bertin 419 Articles
journaliste spécialisée dans le domaine de la culture et de l'art de vivre. Docteur ès-Lettres, elle est l'auteur d'ouvrages tels que : Michel Bernanos, l'Insurgé, Et si on parlait du spiritisme ? Le guide des séjours spirituels en Europe...

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