Fêtes et Crimes à la Renaissance : la Cour d’Henri III

/Le château de Blois présente la cour d’Henri III. L’intention de cette exposition est claire : tordre le cou à la légende noire de ce roi de France. En fait de légende, le terme de propagande serait plus juste. Henri III, roi méconnu.

Henri III est le fils de Catherine de Médicis et de Roi de France mais aussi premier Roi de Pologne à ne pas descendre de la dynastie dominante et élu par ses pairs. Un règne éphémère de deux ans avant de régner sur la France.

La Pologne ayant prêté pour l’occasion plusieurs toiles au château de Blois afin d’étayer cette belle exposition, l’Ambassadeur de Pologne a visité l’exposition en avant première.

En ces temps troublés, Henri III a subi quatre guerres de religions, et un climat délétère, parsemé de crimes politiques.
Elégant, raffiné, intellectuel et charnel, Henri III apparaît comme l’anti-Henri IV, son contemporain, dont l’image flatteuse de vert galant et de bon roi a occulté la sienne.

C’est à Agrippa d’Aubigné d’abord, puis à Voltaire et à Dumas que l’on doit cette image mensongère de roi débauché, tyrannique, faible… Poncifs que traquent sans faille les commissaires Pierre-Gilles Girault et Matthieu Mercier.

La légende est tenace puisque même France 3, venu couvrir l’évènement, relaie la prétendue homosexualité du roi, et ce malgré les préventions des conservateurs et des historiens contre cette thèse mensongère. Ne parlons pas de la pitoyable pantalonnade du sieur Gérard Jugnot au cinéma : Rose et noir !
Dans ses amours, là encore, il fut un monarque exceptionnel. Un roi follement épris… de sa femme ! Un homme qui contracta un mariage d’amour, fait rarissime à l’époque. Haro aussi sur la légende rose !

/En son château de Blois, le vrai visage d’Henri III et de sa brillante cour apparaît dans toute sa vérité. Des salles d’apparat jusqu’à la chambre du roi, tableaux, gravures, costumes témoignent d’un art de vivre.
Pour pallier à la cruauté de la période, danser était une obligation pour les courtisans. Spectacles et loisirs imposés par le roi à sa cour permettait aux rivaux de se réunir autour du Beau car il envisageait la fête comme « un moyen d’exercer le pouvoir ».
Las, le souverain se berça d’illusions et le remède ne fut pas assez efficaces.
Les fameux Mignons apparaissent tels qu’Henri III lui-même, raffinés certes, mais point efféminés. Les favoris du Roi et des princes firent souvent les frais des querelles entre les grands : duels et assassinats allèrent crescendo à la cour, jusqu’à la mort du roi lui-même.

Il connut le sort funeste des « trois Henri » : Henri de Guise, Henri IV et lui-même, assassiné à 38 ans par un moine dominicain fanatique sur sa chaise percée. Comme pour la mort de son successeur, le mystère reste entier. A-t-il été victime d’un complot mené par la duchesse de Montpensier ?

Tableaux d’apparats, objets somptueux, armes et armures, gravure, libelles de propagandes, témoignent de ce siècle tragique au sein duquel le malheureux roi eut à mener la France… en prouvant qu’il fut un bon monarque.
L’exposition du château de Blois mérite nos applaudissements.

Pratique :

Jusqu’au 24 août
Château Royal de Blois
Place du Château – 41000 BLOIS
T : 02 54 90 33 33 – chateau@ville-blois.fr
www.chateaudeblois.fr

À lire : Catalogue Somogy; 152 pp., 25€.

/Photos :
Etienne Dumonstier vers 1540-1603 et atelier-Henri III roide France et de Pologne vers1578 – Poznan Muzeum Narodowe
Attribué à H- Francken-1540-1610-Bal de noces du duc de Joyeuse-1581-1582 – Versailles chateau-photo presse RMN-franck Raux
Joseph Beaume (1796-1885) Henri III sur son lit de mort – Paris musée du Louvre1589-credit RMN Photo Daniel Arnaudet

À propos de l'auteur : Salsa Bertin 419 Articles
journaliste spécialisée dans le domaine de la culture et de l'art de vivre. Docteur ès-Lettres, elle est l'auteur d'ouvrages tels que : Michel Bernanos, l'Insurgé, Et si on parlait du spiritisme ? Le guide des séjours spirituels en Europe...

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*