Le Bloc ou le reflet des angoisses politiques françaises

/Le dernier livre de Jérôme Leroy relève d’un subtil dosage : un peu de Manchette pour la précision, un peu d’A.D.G. pour l’impertinence, beaucoup de Fajardie pour le style et la poésie des mots.

Ce n’est pas pour rien que l’un des endroits clefs du roman est le Métropole, café situé en haut de la rue Jeanne d’Arc à Rouen. Pour Blondin Rouen était l’une, si ce n’est la plus belle ville de France. Il avait raison.
Encore faut-il saisir la complexité de ses charmes, tiraillée qu’elle est entre les brumes matinales de l’hiver et le soleil éclairant le mont Sainte-Catherine à la belle saison.
« Rouen, ville pluvieuse mais littéraire, ville bourgeoise mais rêveuse », note avec raison Leroy, qui connaît fort bien les lieux.

Les nostalgiques du Métropole forment une confrérie secrètes d’anciens activistes et d’intellectuels de droite, dispersé aux quatre coins du pays.

Á cette faune dont fit partie Antoine Maynard, romancier à l’œuvre sacrifiée sur l’autel de l’engagement au sein du « Bloc patriotique », Jérôme Leroy adresse au travers de cette Série Noire un reflet venu de l’autre rive.
Leroy est en effet plus que jamais membre du PCF, sans avoir jamais sombré dans l’antifascisme à la petite semaine.

Le Bloc, c’est le récit de l’arrivée au pouvoir du parti xénophobe de Roland Dorgelles, devenu celui de sa fille, Agnès, la compagne d’Antoine Maynard. L’alliance scellée avec la droite parlementaire exige le sacrifice du chef du service d’ordre, un homosexuel nordiste d’origine slave dénommé Stanko.

La toute nouvelle respectabilité du Bloc exige que les bas-fonds du parti soient nettoyés, que les plus compromettants soient définitivement mis à l’écart, quitte à ce que les plus fidèles soient liquidés. Antoine et Stanko étaient amis au-delà de la diversité de leurs origines, bourgeoise pour le premier, prolétaire pour le second. La raison du parti se rapproche de la raison d’Etat. Elle ne tient compte ni des services rendus, ni de l’amitié.

Ce livre nous démontre qu’au-delà des mots et des serments, le jeu cruel de la politique se referme quand sonne l’heure du pouvoir, quand vient le temps de la marche sur Rome. Il y aura du sang. Il y aura des regrets. Ils s’estomperont.

Jérôme Besnard

Jérôme Leroy, Le Bloc, Série noire – Gallimard, 296 pages, 17,50 euros.

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