Disparitions mystérieuses ?

Publié par sur CultureMag.fr le 25/09/2017 • Thème : A la Une, Libres propos

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Disparition notable récemment, celle de Liu Bolin, à l’honneur en cette rentrée (1) et qui permet à la presse de clamer que « l’homme invisible est chinois ».

Sur le corps de l’artiste est peint le décor devant lequel il pose : ce trompe l’œil en trois dimensions est immortalisé par une photographie puis présenté en galerie. Lorsque Liu Bolin inaugure sa première série « Se cacher dans la Ville », il se confond avec les décombres de son atelier rasé par le gouvernement chinois, dans un quartier « restructuré » en vue des Jeux Olympiques de Pékin.

Sa démarche était alors pleine de sens : une protestation silencieuse où l’artiste se dissimule pour se faire remarquer. Ailleurs, il montre une intelligence du lieu pour se placer, par exemple, juste à la césure d’une palissade de chantier, et toujours de manière à ce qu’on ne voit pas son personnage au premier coup d’œil. Il posera devant une affiche de propagande du Parti ou un portrait de Mao : l’Occident est content, il tient un artiste engagé qui dénonce l’autoritarisme.

Quand Bolin transparait à peine sur les rayons d’un grand magasin : c’est pour dénoncer la société de consommation ! Qu’il pose recouvert de peinture dorée devant le coffre-fort d’un banque parisienne doit être une dénonciation de la financiarisation du monde… accompli avec la complicité de la banque. En 2009, il est graphiquement raccord avec le Stade Olympique de Pékin à l’allure d’un nid d’oiseau : voilà un rebelle pas rancunier de la destruction de son atelier. Plus de 200 performances plus tard… il s’est même caché devant/ dans la « Liberté guidant le peuple » de Delacroix : pour dénoncer quoi ? L’artiste montrerait une société qui nie l’individu et fond ses citoyens dans les décors.

Le procédé est devenu un truc ludique, une posture décorative pour salons branchés. L’habile Bolin s’engouffre maintenant dans les catastrophes environnementales : immergé dans le smog de Pékin ou dans le Fleuve jaune, il dénoncerait la pollution…Nouveauté : le voilà qui pratique le « Art Hacking » : il pirate une image d’actualité, agrandit la scène en studio pour se glisser dans « l’action »… l’artiste caméléon apparaît ainsi dans une manifestation violente… sans jamais risquer les coups !
Seule fausse note, remarquée par des journalistes, pas si dupes d’un « concept » surexploité : l’homme invisible affiche de manière clinquante sa réussite sociale en brandissant sans cesse « une montre qui brille, un impressionnant téléphone emballé dans un étui chic » … Bolin dirige une troupe d’assistants qui sont les vrais hommes invisibles de l’affaire : des peintres passant environ cinq heures à le camoufler de peinture à l’eau …mais dont le nom disparaît.

La peinture réapparaîtra-elle à la mairie du Ve arrondissement de Paris ? Marc Fumaroli s’engage pour la défendre : à partir du 28 septembre, sous la houlette de l’académicien, se déroulera une exposition intitulée «Présence de la peinture en France» (1974-2016). « Un acte de résistance fière et amusée, longtemps méditée » dit-il. A suivre…

Christine Sourgins

(1) Maison européenne de la photographie (MEP). 5-7, rue de Fourcy (IVe). Jusqu’au 29 oct.

Galerie Paris-Beijing. 62, rue de Turbigo (IIIe) jusqu’au 28 octobre 2017.

Photos :
Hiding in the City 51, Road Block, 2007 120 x 150 cm © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

Hiding in the City 02, Suojia Village, 2005 120 x 150 cm © Liu Bolin, courtesy of the artist / Galerie Paris-Beijing

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